23 février 2026
Thomas Peyresblanques (Klineo) : "Permettre à chaque patient d’accéder aux traitements les plus avancés, au moment où il en a besoin"
Thomas Peyresblanques (Klineo) : "Permettre à chaque patient d’accéder aux traitements les plus avancés, au moment où il en a besoin"
Nous vous proposons un nouveau rendez-vous à la rencontre des entrepreneurs à succès dans le domaine du numérique santé : « Nos entrepreneurs ont du talent ». En amont de notre prochain dîner « Cancer, les raisons d’espérer » nous sommes partis à la rencontre de Thomas Peyresblanques, CEO de Klineo.
Thomas, pouvez-vous revenir sur votre parcours et nous dire ce qui vous a conduit à l’entrepreneuriat en santé ?
J’ai une formation scientifique à l’École Polytechnique, complétée par un MSc à Columbia University. J’ai ensuite débuté ma carrière dans le conseil en stratégie, notamment chez Oliver Wyman, où j’ai travaillé sur des problématiques stratégiques complexes.
Après quelques années, j’ai ressenti l’envie de passer du conseil à l’action : construire un projet de zéro, avec un réel impact. La santé m’a toujours intéressé, à la fois pour sa dimension scientifique et pour sa portée sociale. C’est un secteur où les décisions ont des conséquences directes sur la vie des patients.
Lorsque j’ai pris conscience des difficultés d’accès aux essais cliniques, j’ai compris qu’il existait un enjeu systémique majeur, à la fois médical, organisationnel et technologique. Klineo est né de cette volonté de créer un projet entrepreneurial ambitieux, mais surtout utile.
Comment est née l’aventure de Klineo et quelle problématique concrète avez-vous voulu résoudre ?
L’aventure de Klineo est d’abord une histoire d’équipe avec 3 cofondateurs : Arnaud, Nicolas et moi-même. Je connais Arnaud Bayle, notre CMO et oncologue à Gustave Roussy, depuis le lycée. J’ai rencontré Nicolas Drizard, notre CTO, à l’École Polytechnique et il a ensuite développé une forte expertise en data et en IA, et travaillait déjà dans le secteur de la santé, notamment chez Iktos, à l’interface entre IA et découverte de médicaments.
Le point de départ a été très concret : Arnaud constatait au quotidien la difficulté d’identifier rapidement les bons essais pour ses patients, et inversement la difficulté de recruter efficacement lorsqu’il était investigateur. Mais au-delà des médecins, ce sont surtout les patients qui peuvent passer à côté de nouveaux traitements innovants. Et pour les laboratoires, un recrutement insuffisant représente des enjeux scientifiques et financiers considérables.
Nous avons compris que le problème était structurel : les essais et les patients existent mais l’information ne circulent pas et le matching ne se fait pas efficacement.
Notre ambition est de créer une infrastructure qui rende l’accès aux essais plus fluide, plus équitable et plus performant. Et c’est précisément la complémentarité de nos expertises (médicale, technologique et stratégique) qui nous permet d’y répondre.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore Klineo, pouvez-vous expliquer en quoi consiste concrètement votre solution ?
Klineo est une plateforme digitale qui permet aux patients et aux médecins de trouver rapidement les essais cliniques pertinents pour chaque patient.
Notre solution repose sur une base de données d’essais cliniques exhaustive et à jour, des algorithmes de matching performants, et une mise en relation fluide avec les responsables des essais.
Concrètement, nous transformons une recherche historiquement complexe et chronophage en un processus simple et rapide. Cela permet d’identifier plus facilement des options thérapeutiques innovantes, d’améliorer la performance de recrutement des essais et d’élargir l’accès des patients aux traitements de pointe.
Aujourd’hui, nous sommes spécialisés en oncologie, mais notre ambition est d’ouvrir progressivement la plateforme à d’autres aires thérapeutiques afin d’étendre cet impact à un plus grand nombre de patients.
Quand on parle d’essais cliniques en 2026, quel sont les principaux goulots d’étranglement selon vous : identification des centres, faisabilité, recrutement, rétention, data, monitoring, contrats, budgets, logistique ?
Les défis sont aujourd’hui multiples.
D’abord, il y a une dimension informationnelle. Les essais ciblent des populations de plus en plus précises, souvent définies par des critères biologiques ou moléculaires complexes. L’information existe, mais elle est dense, technique et difficile à exploiter rapidement en pratique clinique. Identifier le bon essai pour le bon patient au bon moment devient un véritable enjeu de structuration et d’accessibilité de la donnée.
Ensuite, il existe des contraintes organisationnelles importantes. Ouvrir un essai clinique dans un centre requiert un savoir-faire spécifique et des ressources humaines dédiées (équipes de recherche, attachés de recherche clinique, gestion administrative). Tous les établissements ne disposent pas de cette capacité, ce qui entraîne une centralisation des essais dans un nombre limité de centres et complique la capture rigoureuse des données pendant l’étude.
Enfin, les contraintes réglementaires restent significatives. Les délais de mise en place des études sont souvent longs, ce qui impacte l’attractivité de la France dans la compétition internationale pour accueillir de futurs essais cliniques.
Ces dimensions informationnelle, organisationnelle et réglementaire structurent aujourd’hui les principaux enjeux du secteur.
Pourquoi le recrutement reste-t-il le point dur dans les essais cliniques : manque de patients éligibles, manque de temps des équipes, faible visibilité des essais, parcours patient, critères trop restrictifs ?
Le sujet n’est pas l’absence de patients ni l’absence d’essais. Le défi réside dans l’identification au bon moment du parcours patient.
Historiquement, la recherche d’essais est un processus chronophage. Dans les centres disposant de peu ou pas d’essais cliniques, les médecins, déjà très sollicités, n’ont pas toujours le réflexe ou le temps de chercher systématiquement des essais externes pour chacun de leurs patients. Ce n’est pas un manque d’engagement, mais une contrainte organisationnelle. À cela s’ajoute la complexité croissante des critères d’inclusion, qui rend l’analyse manuelle difficile et peu scalable.
Le résultat est que le matching patient/essai repose encore largement sur des démarches individuelles plutôt que sur un système structuré et outillé. C’est précisément cette problématique que Klineo vise à résoudre, en rendant l’identification des essais rapide, systématique et intégrée dans la pratique clinique.
Si on revient sur votre solution, où se situe la valeur la plus immédiate : qualité, accès, performance opérationnelle, coûts, expérience… ?
La valeur ajoutée de Klineo est avant tout opérationnelle, pour l’ensemble des acteurs de l’écosystème.
Les médecins gagnent un temps précieux dans la recherche d’essais cliniques grâce à des algorithmes de matching performants et une mise en relation rapide.
Les investigateurs, eux, gagnent du temps dans l’analyse des patients qui leur sont adressés, avec des dossiers mieux qualifiés et une analyse de l’éligibilité facilitée.
Les laboratoires bénéficient d’un recrutement plus rapide et plus efficace, ce qui améliore la performance globale de leurs études.
Et surtout, les patients accèdent plus facilement à des traitements innovants, indépendamment de leur lieu de prise en charge.
C’est cette amélioration concrète et mesurable des processus qui constitue la valeur immédiate de Klineo et c’est ce qui explique sa forte adoption en France avec aujourd’hui plus de 70% des oncologues qui utilisent notre solution.
Quelles sont les prochaines étapes de développement ou actualités pour Klineo ?
Nous avons deux axes majeurs à court terme.
Le premier est l’extension internationale, à commencer par l’Europe. Nous sommes déjà ouverts en Belgique, en Italie et en Allemagne, et poursuivons cette dynamique.
Le second axe consiste à intégrer encore davantage Klineo dans la pratique quotidienne des médecins. Nous travaillons à l’interopérabilité avec leurs systèmes d’information existants, afin que des essais cliniques pertinents puissent être proposés à chaque étape clé de la prise en charge, de manière fluide et sans complexité supplémentaire.
Notre objectif est que l’identification d’un essai devienne un réflexe naturel, intégré au parcours de soin, et non une démarche à part.
Enfin, quel message souhaiteriez-vous adresser aux dirigeants de santé qui suivent avec attention votre parcours et vos solutions ?
Nous partageons tous le même objectif : permettre à chaque patient d’accéder aux traitements les plus avancés, au moment où il en a besoin.
Dans un environnement devenu plus complexe, plus ciblé et plus exigeant, la structuration de l’information et la fluidité des échanges sont devenues déterminantes. La technologie joue aujourd’hui un rôle central pour organiser les données, connecter les acteurs et rendre le système plus performant.
Aujourd’hui, Klineo est spécialisé en oncologie. Demain, en ouvrant progressivement la plateforme à d’autres aires thérapeutiques, nous pouvons étendre cette dynamique à l’ensemble de la recherche clinique.
En alignant nos efforts autour de cette ambition commune, nous pouvons transformer durablement l’accès aux traitements innovants et accélérer le progrès médical, au bénéfice des patients.
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