Présidentielle 2027 : le Snitem appelle à faire du dispositif médical une force d’avenir

À l’approche de la présidentielle 2027, le Snitem publie son manifeste « 3 défis, 9 propositions – Faire du dispositif médical une force d’avenir ». Laurence Comte-Arassus, présidente du Snitem, et François-Régis Moulines, directeur des Affaires institutionnelles, présentent les priorités du secteur pour l’accès aux soins, l’innovation et la visibilité des entreprises.
Le Snitem affirme qu’il faut désormais considérer le dispositif médical comme un investissement stratégique et non comme une dépense à comprimer. Qu’est-ce qui doit changer concrètement dans la manière dont l’État et l’Assurance maladie pilotent cette filière ?
Laurence Comte-Arassus : La France consacre des moyens déjà importants à son système de santé mais ce niveau de dépense apparait de moins en moins corrélé à la satisfaction des français. L’enjeu n’est donc pas de dépenser toujours plus mais de dépenser mieux. Dans ce combat pour davantage d’efficience du système, il faut cesser de considérer le dispositif médical comme une simple variable d’ajustement budgétaire. Nos technologies contribuent à mieux prévenir, diagnostiquer et soigner. Nous demandons une régulation qui apprécie leur valeur pour les patients et l’ensemble du parcours de soins, plutôt que leur seul coût immédiat.
Votre manifeste part d’un diagnostic très clair : le système de santé n’est plus soutenable “à règles constantes”. Où situez-vous aujourd’hui le principal risque : dans le niveau de dépense, dans son organisation, ou dans notre incapacité à mesurer la valeur réellement produite ?
François-Régis Moulines : Pas nécessairement dans le niveau de dépense, mais dans l’organisation des soins, sûrement, et notamment dans la capacité de notre système de santé à s’appuyer sur les innovations pour adapter son fonctionnement, une meilleure organisation des parcours et la mesure des résultats obtenus pour réorienter, si besoin, la dépense au bon endroit. Prévenir les complications et éviter des hospitalisations inutiles peuvent être bénéfiques pour les patients comme pour le système de santé.
Vous placez la prévention et le dépistage au premier rang de vos propositions. Comment passer d’une logique de campagnes ponctuelles à de véritables parcours de prévention structurés tout au long de la vie ?
François-Régis Moulines : Nous devons fixer des priorités de santé publique, sans doute sur un socle décentralisé avec une approche populationnelle et inscrire le dépistage dans des parcours continus : repérer un risque, poser un diagnostic, en assurer le suivi. Les dispositifs médicaux permettent d’agir à chacune de ces étapes. Encore faut-il que leur financement et leur intégration aux pratiques soient effectifs et adaptés au renforcement de la prévention.
Le virage ambulatoire est présenté comme un axe majeur. Quelles conditions doivent être réunies pour qu’il ne soit pas seulement un transfert de charge de l’hôpital vers le domicile, mais un véritable gain de qualité et d’efficience ?
François-Régis Moulines : Le manifeste parle même un « virage domiciliaire », qui est rendu possible par le progrès technologique. Il n’est pas un simple transfert de charge de l’hôpital vers le domicile, mais une prise en charge différente du patient rendue possible par les progrès technologiques. Il doit reposer sur une coordination réelle entre l’hôpital, la ville et les intervenants à domicile, ainsi que sur des solutions de télésuivi et de télésurveillance adaptés.
Vous défendez un meilleur accès des patients aux innovations. Où se situent aujourd’hui, selon vous, les principaux freins pour les dispositifs médicaux : dans l’évaluation, le financement, la tarification, l’organisation hospitalière ou la diffusion sur le terrain ?
François-Régis Moulines : Ces freins se cumulent : évaluation, délais administratifs, financement et adoption sur le terrain. Nous proposons des procédures plus lisibles, des délais précis et opposables, ainsi qu’une juste valorisation des innovations. L’objectif est simple : permettre aux patients d’accéder plus rapidement aux progrès médicaux.
Le Snitem appelle à sortir d’une logique budgétaire annuelle et en silo, notamment via une loi de programmation en santé. Qu’est-ce qu’une telle programmation changerait réellement pour les entreprises, les établissements et les patients ?
Laurence Comte-Arassus : Elle permettrait de définir des priorités de santé publique et donnerait enfin de la visibilité au système de santé. On ne peut demander aux entreprises d’investir, d’innover et de produire en France tout en changeant les règles chaque année. Une programmation pluriannuelle permettrait aussi aux établissements d’anticiper leurs besoins et aux patients de bénéficier de parcours plus cohérents.
Vous proposez aussi de mieux organiser l’accès aux soins dans les territoires. Quel rôle spécifique les technologies médicales peuvent-elles jouer pour compenser les tensions démographiques et améliorer l’accès à l’expertise ?
François-Régis Moulines : Télésurveillance, télésuivi et diagnostic à distance peuvent rapprocher l’expertise des patients, notamment dans les territoires sous-dotés. Mais ces solutions ne remplacent pas les soignants : elles renforcent leur action, à condition d’être intégrées à des parcours coordonnés et financés.
Vous insistez à la fois sur la transition écologique et numérique. Ces deux transformations représentent-elles aujourd’hui davantage un coût réglementaire ou une opportunité de compétitivité pour les entreprises du dispositif médical ?
Laurence Comte-Arassus : Elles mobilisent, c’est indéniable, des ressources réglementaires dans les entreprises. Par ailleurs elles ne sont pas de même nature. La transition écologique est la conséquence de la nécessité de changer nos comportements. Dans un monde qui doit changer, anticiper les étapes pour y parvenir peut-être une opportunité, à condition que les normes qui accompagnent ce changement restent utiles, proportionnées et soutenables
La transition numérique est née du progrès technologique. Dans la santé, elle constitue une véritable chance d’améliorer les soins et leur suivi. A nous, collectivement, d’en faire une opportunité de compétitivité en l’accompagnant de règles lisibles, proportionnées et un environnement économique et fiscal qui ne décourage pas l’innovation.
Si vous deviez obtenir un seul engagement ferme des candidats à la présidentielle de 2027 pour la filière du dispositif médical, lequel serait-il ?
Laurence Comte-Arassus : Je leur demanderais un engagement ferme pour une trajectoire pluriannuelle, stable et soutenable, inscrite dans une loi de programmation en santé. C’est la condition pour investir, produire et garantir l’accès aux innovations. Le dispositif médical doit être reconnu comme un atout stratégique pour la santé et la souveraineté de notre pays.
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