Julien Delpech (PulseLife+Invivox) : " Devenir le leader européen de l’aide à la décision médicale et de la formation médicale"

Nouvel épisode à la rencontre des entrepreneurs à succès dans le domaine du numérique santé : « Nos entrepreneurs ont du talent ». Aujourd’hui partons à la rencontre de Julien Delpech, CEO de Invivox.
Julien, avant de parler de Invivox et de vos actualités, comment vous présenteriez-vous aux membres de l’Amphi ?
J’ai 52 ans, 3 grands enfants, et je suis un entrepreneur qui croit au rôle fondamental de l’entreprise dans la société : un rôle social, rôle d’intégration, de responsabilité vis-à-vis des jeunes et de l’environnement.
Je crois profondément au rôle de l’innovation utile, c'est-à-dire celle qui a un impact sur le progrès social.
Quand j’ai lancé Invivox, je n’avais jamais vraiment travaillé en France. J’ai eu la chance de “voir du pays” dans le domaine de la santé; j’ai vécu et travaillé en Russie, en Amérique latine et aux Etats-Unis.
Invivox est née autour d’une conviction forte : la formation continue des professionnels de santé doit être plus accessible, plus pratique et plus connectée aux meilleurs experts. Quel était le déclic initial ?
Le déclic vient de mes discussions avec deux personnes extraordinaires: le Pr. Alain Cribier (l’inventeur du TAVI) et le Pr. Guy Magalon (chirurgien reconstructeur à l’AP-HM). Tous deux m’avaient fait part de la difficulté d’organiser des formations présentielles en mode compagnonnage.
Avec mon associé Patxi Ospital, nous avons créé Invivox pour répondre à cette problématique: faciliter le compagnonnage chirurgical, partout dans le monde.
Qu’est-ce que l’entrepreneuriat en santé vous a appris sur les besoins réels des soignants en matière de formation ?
Une chose fondamentale: les professionnels de santé se forment naturellement, c’est un besoin viscéral, leur curiosité est insatiable. Il ne faut plus parler de formation continue, mais de formation permanente.
Quels usages ont le plus évolué depuis la création d’Invivox : formation présentielle, formation hybride, contenus digitaux, engagement communautaire, accompagnement post-formation ?
Le COVID a été un catalyseur du changement, à l’instar de toutes les grandes crises.
Le temps des médecins étant compté, les formations ont évolué vers des formats courts (3, 5, 7 minutes), pratiques et très interactifs.
Le format digital répond parfaitement à ce type de demandes. C’est notre créneau principal chez Invivox.
Après 10 ans d’existence vous rejoignez PulseLife (groupe 360 Medical). Comment cette opération s’est-elle construite ?
Naturellement dirais-je. Clotilde, Grégoire (deux des trois cofondateurs de PulseLife) d’un côté, Patxi et moi de l’autre, nous nous cotoyons depuis des années dans l’écosystème de la santé. J’ai un profond respect pour ce qu’ils ont mis en place. Les discussions se sont accélérées cet été, tant les synergies entre nos deux solutions étaient évidentes.
Qu’est-ce qui a été déterminant dans la décision : la complémentarité produit, l’audience, la vision européenne, la culture, la mission ?
J’aime à croire que ce qui a été déterminant, ce sont les valeurs communes que nous partageons, et en particulier la volonté de construire une solution utile aux soignants, fondée sur leurs attentes.
Nous sommes des entrepreneurs, nous partageons également les valeurs liées à l'entrepreneuriat: le courage, la perspicacité, le doute salutaire.
L’ambition européenne a également été un élément sur lequel nous sommes en parfaite harmonie.
Quels bénéfices ce rapprochement apporte-t-il à Invivox : accélération, distribution, intégration produit, accès à de nouveaux marchés, profondeur technologique ?
Le bénéfice est double et considérable : les 900 000 professionnels de santé inscrits sur PulseLife pourront automatiquement recevoir des contenus de formation Invivox selon les recherches qu’ils font sur le chatbot médical IA de PulseLife.
Pour la communauté de soignants, c’est l’opportunité d’avoir un seul et même outil sur son téléphone.
Dans la pratique, comment un professionnel de santé passera-t-il d’une recommandation consultée dans PulseLife à un module de formation Invivox ?
Nous sommes en train de définir l’articulation, mais l’idée est de créer un parcours le plus fluide possible pour les soignants, au sein d’une même application. “Stay tuned” comme on dit…
Comment faire en sorte que l’IA renforce l’expertise médicale plutôt qu’elle ne la remplace ?
Je crois que l’éducation française a pour principal mérite de nous apprendre l’esprit critique. Dans les sciences, en littérature mais également dans le domaine médical. L’IA ne remplacera pas les soignants, mais en revanche le soignant qui n’utilise par l’IA sera remplacé par celui qui l’utilise.
Les enjeux à venir, et en particulier la pression sur les professionnels de santé, plaident pour une IA qui prend en charge les tâches chronophages afin que le médecin puisse se concentrer sur le patient.
A titre d’exemple, il faut savoir que seul 5 à 10% de la connaissance médicale fait consensus. Et grâce aux avancées scientifiques, la médecine se complexifie de jour en jour car les résultats des études scientifiques sont interprétables par définition. L’IA va permettre d’accéder à une expertise médicale plus large à partir du moment où l’esprit critique reste intact et où la formation permanente persiste et se renforce. C’est tout le sens du rapprochement d’Invivox et PulseLife.
Les notions de souveraineté et fiabilité sont aujourd’hui très présentes. Pourquoi ces deux notions sont-elles devenues si structurantes dans la santé numérique ?
Le Covid, et plus récemment la guerre en Ukraine, nous rappellent tous les jours l’importance de solutions souveraines.
Dans le cadre d’une future pandémie, la solution PulseLife/Invivox sera en mesure d’informer en temps réel plus de 1 million de professionnels de santé, dans un environnement sécurisé et contrôlé.
Le ministre de la Santé Olivier Veran aurait rêvé d’une telle solution en 2020-2021. C’est d’ailleurs la mission qu’il m’avait confiée en 2021: créer un dispositif capable de créer des contenus de formation et de les diffuser en temps réel en cas de nouvelle crise sanitaire.
Concernant la fiabilité : les conséquences des décisions médicales sont importantes et les erreurs peuvent avoir de graves conséquences. La fiabilité et la sécurité sont essentielles en santé et en particulier concernant les IA cliniques.
Pouvez-vous nous dire un mot sur vos ambitions européennes avec ce rapprochement ?
Nous souhaitons devenir le leader européen de l’aide à la décision médicale et de la formation médicale. Invivox est présent à travers l’Europe, disponible dans les grandes langues européennes. PulseLife est déjà très présent en France, en Espagne et sera au Royaume-Uni d’ici la fin de l’année avant un déploiement européen complet en 2027.
Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux leaders et décideurs de santé qui suivent votre parcours et s’intéressent à vos solutions ?
Aux leaders et décideurs, aux directeurs des établissements de santé français, je veux citer la phrase de Romain Gary: “soyez patriotes, pas nationalistes”, et faites confiance à deux entreprises françaises souveraines qui ont fait leurs preuves auprès des professionnels de santé depuis déjà plus de 10 ans.
