Axelle Ayad (MaPatho) : "La santé de demain se construit aujourd’hui, et elle se construit avec les patients"

Nouvel épisode à la rencontre des entrepreneurs à succès dans le domaine du numérique santé : « Nos entrepreneurs ont du talent ». Aujourd’hui partons à la rencontre d’Axelle Ayad, CEO de MaPatho.
Axelle, avant de parler de MaPatho, comment vous présenteriez-vous en quelques mots aux membres de L’Amphi ?
Je suis Axelle Ayad, CEO et cofondatrice de MaPatho, une plateforme dédiée à l’amélioration du quotidien des personnes vivant avec une pathologie chronique. Patiente moi-même, j’ai fait le constat que le parcours de soins était trop souvent un parcours du combattant. J’ai donc décidé de transformer l’expérience des patients et celle des professionnels de santé grâce à la deeptech et à l’intelligence collective.
Vous êtes souvent présentée comme une “patiente entrepreneure”. Est-ce une expression dans laquelle vous vous reconnaissez ? Pourquoi ?
Absolument, et c’est même ce qui fait la force de MaPatho.
Être patiente, c’est avoir vécu de l’intérieur les frustrations du système : l’errance diagnostique, la solitude face à l’information, ou la difficulté à trouver le bon spécialiste. Être entrepreneure, c’est avoir l’opportunité de ne plus subir ces lacunes en créant la réponse au besoin que je vis moi-même.
Cette double casquette me permet de concevoir des solutions issus du vécu des patients, pour les patients – sans jamais perdre de vue les réalités du terrain. C’est un atout unique pour briser les silos entre les besoins des usagers et les offres de services qui visent très souvent les professionnels de santé uniquement.
À l’origine de MaPatho, il y a un constat très concret : la difficulté à trouver les bons professionnels, les bonnes informations, les bons relais. Comment ce constat s’est-il imposé à vous ?
Tout a commencé par une expérience personnelle : un radiologue a posé un diagnostic d’endométriose suite à de fortes douleurs, j’ai passé des mois à chercher des réponses fiables, des professionnels compétents pour me prendre en charge, ou simplement des pairs pour échanger sur ce que je vivais. J’étais apeuré et je n’avais aucune connaissance dans la santé. J’ai réalisé que l’information était là, mais dispersée, incompréhensible ou inaccessible pour le grand public.
Le déclic ? Deux ans après mon diagnostic, j’ai dû déménager pour une opportunité professionnelle et là j’ai revécu l’angoisse de devoir recréer une équipe de soins en plus du stress général lié au déménagement. J’ai rencontré plusieurs spécialistes, cela a duré des mois. Résultat : aucun n’était formé sur ma pathologie, certains avaient des mots très durs concernant ma qualité de vie à venir. Je me suis donc résigné à financer des allers retours vers Paris pour continuer à être suivi par l’équipe de soins que j’avais là bas. Ce gâchis humain et économique m’a convaincue qu’il fallait agir. MaPatho est né de cette volonté : centraliser, simplifier et humaniser l’accès aux ressources pour les patients et leurs proches."
Aujourd’hui, comment décririez-vous MaPatho simplement à un dirigeant de santé qui ne connaîtrait pas encore la solution ?
MaPatho est le GPS du parcours de santé pour les maladies chroniques. Imaginez une plateforme qui, en quelques clics, permet à un patient de :
Trouver les professionnels de santé pertinents (médecins, paramédicaux, associations,) validés par des pairs et des experts
Accéder à des informations fiables et adaptées à sa pathologie
Bénéficier d’outils concrets pour mieux vivre au quotidien (suivi de symptômes, de traitements, communauté d’entraide, etc.).
Pour les acteurs de santé, c’est aussi un levier pour un meilleur suivi par leurs patients eux-mêmes, une meilleure observance et adhésion aux soins qui s’inscrit dans une démarche de santé proactive. En résumé : on réinvente la coordination des soins avec le patient comme son propre coordinateur.
MaPatho se présente comme une “boîte à outils” pour les personnes vivant avec une pathologie. Que trouve-t-on concrètement dans cette boîte à outils ?
Notre boîte à outils repose sur trois piliers :
L’annuaire intelligent : Une base de données géolocalisée de professionnels et structures de santé, recommandés par la communauté (médecins, patients, associations).
Les ressources personnalisées : Des fiches pratiques, des webinaires, des retours d’expérience de patients, ou encore des outils de suivi (ex : carnet de santé numérique).
La communauté : Un espace d’échange sécurisé pour briser l’isolement, partager des astuces, ou poser des questions à des experts.
L’objectif ? Que chaque utilisateur trouve la bonne information, au bon moment, sans se perdre dans le jargon médical ou les résultats de recherche non pertinents.
Côté acteurs de santé, quel problème opérationnel votre solution permet-elle de résoudre ?
Pour les professionnels et établissements, MaPatho répond à un enjeu clé : la fragmentation de l’offre de soins.
Pour les médecins : On leur permet de gagner du temps en orientant leurs patients vers des ressources pré-validées, et de renforcer leur lien avec eux via des outils de suivi partagés.
Pour les hôpitaux/cliniques : On améliore leur visibilité sur leur expertise en les mettant en relation avec des patients qui cherchent exactement leurs compétences.
Pour les assureurs/mutuelles : On s’assure que les patients chroniques qui sont les premiers consommateurs de soins ne restent pas dans l’errance et aient les moyens de devenir des acteurs de leur santé.
En somme, on désenclave l’écosystème de la santé chronique pour préparer les évolutions du système de soin futur.
Votre solution touche à un enjeu majeur : les maladies chroniques. Pourquoi ce sujet doit-il devenir encore plus stratégique pour les décideurs de santé ?
Parce qu’elles représentent le défi santé du XXIe siècle :
1 personne sur 3 en France vit avec une maladie chronique (source : Assurance Maladie).
Elles pèsent 80% des dépenses de santé (OCDE), avec une croissance exponentielle liée au vieillissement de la population.
Seulement 40% des patients chroniques restent observants
Pourtant, 60% des patients estiment que leur prise en charge pourrait être améliorée (baromètre MaPatho 2025).
Les décideurs doivent comprendre que l’innovation ne passe plus seulement par les molécules ou les équipements, mais par l’organisation des parcours et l’empowerment des patients. Investir dans des solutions comme MaPatho, c’est réduire les coûts évitables (hospitalisations, errance diagnostique, manque d’observance) et améliorer la qualité de vie de millions de personnes.
Quelle est l’actualité du moment pour MaPatho ?
2026 est une année charnière pour nous :
Lancement de 2 nouveaux logiciels : fort de notre réussite en prévention tertiaire, nous déployons Care en prévention primaire et Demain Prévention en prévention secondaire pour faciliter la mise en place de campagnes de prévention ciblées.
Nouvelles fonctionnalités pour une santé 360 : Nous déployons de nouveaux services à destination de nos usagers : l’accès à des séances de sport adapté, des bilans de prévention digital et un passeport santé personnalisé.
Et surtout, nous célébrons les 150 000 utilisateurs sur la plateforme – une preuve que le besoin était bien réel !
Quels sont vos prochains axes de développement ?
Nos priorités pour les 12-18 prochains mois :
L’IA prédictive : Intégrer des algorithmes pour anticiper les besoins des patients (ex : alerter sur une dégradation de symptômes via l’analyse de leurs données de suivi).
Les maladies rares : Élargir notre offre à ces pathologies souvent négligées, en partenariat avec les associations de patients.
L’interopérabilité : Connecter MaPatho aux objets connectés pour fluidifier encore plus les parcours.
Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux leaders et décideurs de santé qui suivent votre parcours et s’intéressent à vos solutions ?
Je leur dirais : ‘La santé de demain se construit aujourd’hui, et elle se construit avec les patients.’
Les maladies chroniques ne sont pas qu’une fatalité, c’est un levier de transformation pour notre système de santé. Les solutions existent – il suffit de les écouter, de les soutenir, et d’oser innover.
Et si, ensemble, on faisait de la France le pays où vivre avec une pathologie chronique n’est plus un combat, mais une nouvelle normalité ?
