Dec 9, 2025

IA conversationnelle et santé mentale des jeunes : un nouvel enjeu de confiance pour l’écosystème santé

Une enquête européenne menée par le Groupe VYV et la CNIL met en lumière l’ampleur de l’usage des IA conversationnelles par les jeunes, y compris sur des sujets personnels et de santé mentale. Derrière l’adoption massive, un enjeu stratégique émerge pour les acteurs de santé, d’éducation et de protection sociale : accompagner ces usages sans les banaliser, protéger les données sensibles et construire des repères de confiance.

Publié le 5 mai 2026, le constat dressé par la CNIL est clair : les IA conversationnelles ne sont plus seulement des outils d’aide scolaire, professionnelle ou ludique. Elles deviennent, pour une partie des jeunes, des espaces de confidence. En France, près de 9 jeunes sur 10 utilisent une IA conversationnelle, et près d’un sur deux y évoque des sujets personnels ou intimes. L’étude, réalisée par Ipsos BVA pour le Groupe VYV et la CNIL auprès de 3 800 jeunes de 11 à 25 ans en France, Allemagne, Suède et Irlande, révèle ainsi une évolution rapide des usages numériques.

Selon l’enquête, 48 % des jeunes utilisent ces outils pour parler de sujets personnels ou intimes, et 33 % les considèrent parfois comme un « psy ». Cette proportion atteint 46 % chez les jeunes répondants souffrant d’anxiété. Ces chiffres traduisent moins une substitution aux liens humains qu’une extension des espaces d’écoute informels : amis et famille restent les premiers interlocuteurs, mais l’IA s’ajoute comme un relais accessible, immédiat, perçu comme non jugeant.

Cette dynamique intervient dans un contexte sensible : en France, plus d’un jeune sur quatre présenterait une suspicion de trouble anxieux généralisé, selon les éléments rapportés par la CNIL. L’enjeu n’est donc pas uniquement technologique. Il touche à la prévention, à l’orientation, à la littératie numérique et à la capacité collective à encadrer des usages déjà installés.

L’un des enseignements les plus structurants de l’enquête tient au décalage entre confiance et maîtrise des risques. 69 % des jeunes estiment qu’une IA peut donner des conseils fiables, 56 % pensent qu’elle peut garder les échanges secrets et 51 % qu’elle peut protéger les informations confiées. Pourtant, seuls 32 % déclarent savoir ce que deviennent les données partagées avec ces outils.

Ce décalage pose une question de gouvernance. Les conversations autour du stress, du mal-être ou de difficultés personnelles peuvent contenir des données hautement sensibles. Or les jeunes utilisateurs n’ont pas toujours les moyens d’identifier ce qui est collecté, conservé, réutilisé ou potentiellement exposé. La CNIL souligne ainsi l’urgence d’expliquer le fonctionnement de ces systèmes, les traces qu’ils laissent et les droits des utilisateurs.

La CNIL et le Groupe VYV appellent à mieux informer, prévenir et accompagner. Ils annoncent également l’initiative européenne AI*me, pensée comme une plateforme destinée à fédérer chercheurs, acteurs de santé, éducateurs et régulateurs autour de repères communs en matière de santé mentale des jeunes et de protection des données.