Valérie Perruchot Garcia : "Soigner l’égalité, soigner les femmes : même combat !"

Et si l’égalité femmes-hommes à l’hôpital commençait par une question simple : dans quel état de santé sont celles qui nous soignent ?
Depuis plus de vingt ans, je mène ce combat pour l’égalité. Désormais membre du bureau de Donner des Elles à la santé, je mesure combien cet engagement rejoint un autre combat qui a enfin pris sa place dans le débat public : celui de la santé des femmes.
Pendant longtemps, cette santé a été pensée à travers une médecine « bikini », centrée sur la maternité, les menstruations, la fertilité ou la ménopause. Le corps masculin restait la norme, celui des femmes une variation de cette norme. Exclusion des essais cliniques, sous-financement de la recherche, biais dans l’interprétation des symptômes : ces mécanismes sont désormais documentés. Les choses bougent. Des associations comme Agir pour le cœur des femmes ont contribué à changer le regard sur les maladies cardiovasculaires. Désormais, la médecine ne peut plus penser le corps féminin comme une simple déclinaison du masculin.
Mais il subsiste un angle mort : les femmes qui font cette médecine.
Une jeune médecin qui arrive chaque matin dans son service avec la boule au ventre, par peur d’un chef de service dont elle redoute les humiliations. Une praticienne qui repousse un projet de grossesse pour ne pas compromettre sa carrière. Une professionnelle qui hésite à candidater à un poste à responsabilité, ou finit par douter de sa légitimité à force de remarques sexistes…
Ce ne sont pas de simples problèmes RH. Ce sont des situations qui peuvent avoir un impact sur leur santé. Stress, peur, isolement, violences ou sentiment d’injustice fragilisent la santé mentale et peuvent conduire à se taire, renoncer, différer un projet de vie ou quitter une trajectoire professionnelle. Et pourtant, les troubles anxieux et de l’humeur sont fréquemment minimisés chez les femmes médecins, qui ne sont que 2% à consulter pour se soigner lorsqu’elles sont fragilisées.
L’égalité à l’hôpital ne peut pas se résumer à compter les femmes dans les postes de responsabilité et à constater chaque année que ces chiffres augmentent trop lentement. Une soignante ne devrait jamais avoir à choisir entre sa santé et sa carrière, entre sa maternité et sa progression professionnelle, entre parler et se protéger.
Je n’ai jamais cru à un féminisme de confrontation. Depuis vingt ans, je défends cette cause avec calme, conviction, dialogue et preuves. Mais le calme, ce n’est pas le silence.
J’ai longtemps vu ces deux combats avancer sur des trajectoires parallèles. Désormais, ils convergent. Mieux soigner les femmes et mieux traiter celles qui soignent relèvent d’un même impératif : construire une médecine plus juste et plus humaine, au service d’une société plus éclairée.
Valérie Perruchot Garcia
