Atika ALAMI : "Sport et activité physique dans les parcours de soin : un investissement stratégique pour la santé de demain"

En amont de notre prochaine soirée sur le thème « Prévention, nutrition et activité physique », nous vous proposons une série de décryptages autour de ces grands enjeux. Atika ALAMI, Directrice Entreprise à Mission, Expérience patient, Prévention/Sport et Santé Mentale du Groupe Vivalto Santé nous partage sa vision sur la place du sport et de l'activité physique dans les parcours de soin.

En 2026, la question n’est plus de savoir si le sport et l’activité physique sont bénéfiques pour la santé, mais comment les intégrer durablement et efficacement dans les parcours de soin.

Face à l’augmentation des maladies chroniques et à la tension sur les ressources du système de santé, l’activité physique constitue un levier de transformation encore insuffisamment structuré et pourtant mesurable : la non-atteinte des recommandations de l'OMS représente un coût social estimé à 140 milliards d'euros par an en France, avec plus de 38 000 décès et 62 000 maladies chroniques attribuables chaque année à cette insuffisance (Stratégie nationale sport-santé 2025-2030).

L’enjeu est désormais organisationnel et stratégique : comment intégrer durablement l’activité physique dans les parcours de soin, alors que les maladies chroniques concernent aujourd’hui près d’un Français sur quatre, et trois sur quatre après 65 ans ? Les bénéfices de l’activité physique sur la prévention et la prise en charge des maladies chroniques sont établis de longue date par l’Inserm (2019), et ont depuis été confirmés par les recommandations récentes de la Haute Autorité de Santé (2025), les données de Santé publique France (2024 2025) et la Stratégie nationale sport santé 2025 2030.

Sur le terrain, des initiatives montrent la voie.

La prescription d’activité physique adaptée, désormais possible pour certaines pathologies, permet d’intégrer le mouvement dans le parcours de patients atteints de diabète, d’obésité, de cancers ou de maladies cardiovasculaires.

Dans plusieurs territoires, ces prescriptions s’appuient sur des réseaux associant professionnels de santé (médecins du sport, kiné, APA, etc), éducateurs sportifs formés et acteurs locaux, offrant des parcours sécurisés, progressifs et adaptés.

En oncologie, l’activité physique intégrée pendant et après les traitements contribue à limiter la fatigue, à améliorer la qualité de vie et à favoriser la reprise d’une vie sociale et professionnelle. Dans ce parcours de soin, les bénéfices sont particulièrement documentés : les patientes physiquement actives après un diagnostic de cancer du sein présentent une réduction de 42 à 48 % du risque de mortalité toutes causes, et de 40 % du risque de mortalité spécifique liée au cancer, comparativement aux patientes sédentaires (Lahart et al., 2015 ; Spei et al., 2019)

En réadaptation cardiaque ou respiratoire, elle complète les prises en charge médicales en aidant les patients à retrouver confiance et autonomie, tout en réduisant le risque de récidive.

Enfin, l’activité physique joue un rôle clé en santé mentale, devenue un enjeu majeur. Des programmes associant activité physique douce, collective et régulière s’intègrent progressivement dans l’accompagnement du stress, de l’anxiété ou des troubles dépressifs, renforçant le lien social et le pouvoir d’agir des personnes

Au delà de l’hôpital, il existe des partenariats avec des structures sportives de proximité. Ces approches territoriales renforcent la continuité entre soin, prévention et mode de vie, en évitant les ruptures de parcours lorsque le suivi médical s’allège.

Pour les décideurs, l’enjeu est avant tout systémique.

Intégrer le sport et l’activité physique dans les parcours de soin, c’est décloisonner les mondes du sanitaire, du social et du sport, mais aussi repenser les modèles de financement et d’évaluation dans une logique de valeur à long terme : réduction des complications, moindre recours aux soins lourds, maintien de l’autonomie et de la participation sociale.

Faire du sport un élément structurant des parcours de soin ne relève donc pas d’un effet de mode, mais d’un changement de paradigme : passer d’un système centré sur la réparation à un modèle orienté vers la prévention, la soutenabilité et la responsabilité collective. Un défi majeur pour les organisations, mais aussi une opportunité stratégique pour construire une santé plus humaine, plus efficiente et résolument tournée vers l’avenir.

Il appartient aux décideurs publics et privés de faire de l’activité physique un choix stratégique assumé, en l’intégrant pleinement aux parcours de soin, aux politiques territoriales et aux modèles économiques, afin de transformer durablement notre approche de la santé.

Atika ALAMI

Directrice Entreprise à Mission, Expérience patient, Prévention/Sport et Santé Mentale - GROUPE VIVALTO SANTE