Vaccination : la Cour des comptes appelle à transformer les progrès depuis 2018 en résultats plus homogènes

Dans un rapport publié début septembre, la Cour des comptes dresse un bilan contrasté de la politique vaccinale française depuis 2018. Si l’extension des obligations chez les nourrissons a produit des effets tangibles et si la vaccination confirme son intérêt pour le système de santé, plusieurs fragilités persistent : couverture insuffisante chez les adolescents et les adultes, données vaccinales incomplètes, mobilisation inégale des professionnels et fortes disparités sociales.

Depuis 2018, la politique vaccinale française a profondément évolué. Les obligations vaccinales des nourrissons sont passées de trois à onze, tandis que le nombre de professionnels autorisés à vacciner a été largement élargi. Huit ans plus tard, la Cour des comptes évalue les effets de ces transformations à travers trois dimensions : la couverture vaccinale, l’efficience des stratégies mises en œuvre et leur capacité à réduire les inégalités.

Son constat tient en une formule : « des avancées à conforter, une mobilisation à renforcer ». La politique de vaccination représentait 1,4 milliard d’euros de dépenses en 2024, dont 617 millions pour le remboursement des vaccins. Ce dernier poste a progressé de près de 70 % depuis 2018, notamment sous l’effet du recours à des produits plus coûteux.

Le bilan le plus favorable concerne les jeunes enfants. Selon la Cour, l’extension des obligations vaccinales en 2018 a consolidé les niveaux de couverture déjà élevés et permis une progression importante pour des vaccins plus récemment introduits dans le calendrier. La plupart des maladies concernées sont désormais devenues rares.

Des points de vigilance subsistent cependant. La rougeole reste notamment insuffisamment maîtrisée : la couverture demeure sous le seuil nécessaire pour prévenir durablement les épisodes épidémiques.

La situation est plus contrastée chez les adolescents et les adultes. En matière de papillomavirus humains (HPV), 55 % des jeunes de 15 ans sont vaccinés, souligne la Cour dans sa synthèse, alors que plusieurs pays européens dépassent 80 %. Pour la grippe, la France demeure également loin de l'objectif de 75 % chez les personnes à risque : pour la saison 2025-2026, la couverture des personnes âgées de 65 ans et plus s'établissait autour de 54 % selon les données mobilisées par la Cour.

L'adhésion elle-même mérite attention. Après une progression régulière, la part des adultes se déclarant plutôt ou très favorables à la vaccination est passée de 84 % en 2023 à 80 % en 2024. La Cour des comptes relève par ailleurs une adhésion moins élevée parmi les populations disposant des revenus et niveaux de diplôme les plus faibles.

Plus de vaccinateurs, mais pas encore suffisamment de vaccinations

L'une des grandes orientations prises depuis 2018 a consisté à multiplier les occasions de vaccination. Pharmaciens, infirmiers, sages-femmes et autres professionnels ont progressivement obtenu des compétences élargies.

Le résultat reste pourtant mitigé. Les pharmaciens occupent désormais une place centrale et réalisent près de deux vaccinations contre la grippe sur trois. Mais l'augmentation du nombre théorique de vaccinateurs ne s'est pas traduite mécaniquement par une augmentation suffisante de la couverture de la population. La Cour des comptes estime que les médecins, infirmiers, sages-femmes, services de santé au travail, services universitaires, établissements de santé ou encore laboratoires de biologie pourraient être davantage mobilisés.

Derrière ce constat se dessine un enjeu organisationnel majeur : faire de chaque contact avec le système de santé une occasion de vérifier le statut vaccinal, proposer un rattrapage et, lorsque cela est possible, vacciner directement.

Le dossier vaccinal numérique, maillon faible du pilotage

Pour y parvenir, encore faut-il savoir précisément qui est vacciné contre quoi. C'est l'une des principales faiblesses identifiées par la Cour des comptes.

La France ne dispose toujours pas d'un carnet vaccinal numérique complet et systématiquement alimenté. En octobre 2025, seuls 11 % des dossiers médicaux partagés activés comportaient une note de vaccination, celles-ci étant très majoritairement renseignées par les pharmaciens.

Cette lacune est doublement pénalisante. À l'échelle individuelle, elle complique l'identification des rappels et des rattrapages nécessaires. À l'échelle collective, elle limite la capacité des pouvoirs publics à mesurer précisément les couvertures vaccinales et à cibler les territoires ou populations insuffisamment protégés.

La Cour des comptes recommande donc que le DMP et le Système national des données de santé soient alimentés par l'ensemble des vaccinateurs d'ici fin 2028, avec parallèlement une stratégie permettant de reconstituer l'historique vaccinal.

La campagne de vaccination contre les HPV dans les collèges illustre également la difficulté à transformer un nouvel accès à la vaccination en adhésion effective.

Pour l'année scolaire 2024-2025, 9,2 % seulement des élèves de cinquième ont reçu une première dose au sein de leur collège, selon la Cour des comptes. Les campagnes ont rencontré des difficultés d'organisation, de coordination et de recueil des autorisations parentales.

Elle appelle à inscrire pleinement la vaccination dans la stratégie de santé scolaire, à mieux anticiper les campagnes et à permettre aux infirmiers de l'Éducation nationale volontaires de prescrire et d'administrer les vaccins.

Cet exemple rappelle qu'une politique d'« aller-vers » ne se résume pas à ouvrir un nouveau canal : son efficacité dépend aussi de la gouvernance, de la logistique, de l'information des familles et de la capacité des acteurs locaux à agir de manière coordonnée.

Le rapport insiste également sur la dimension économique de la prévention vaccinale.

L'intérêt pour le système de soins est bien documenté. Les nouvelles mesures de prévention de la bronchiolite ont ainsi été associées à une réduction d'environ 80 % des hospitalisations de nourrissons lors de leur première saison d'exposition. La Cour des comptes estime également, dans une simulation, que la vaccination contre les rotavirus aurait permis d'éviter entre 23 000 et 32 000 hospitalisations.

La grippe fournit un autre exemple. Une saison représente en moyenne environ 2,5 millions de consultations et 9 000 à 10 000 décès associés, avec un impact important sur les établissements hospitaliers en période hivernale. Elle cite une analyse de l'Assurance maladie selon laquelle la campagne 2017-2018 aurait généré une économie nette de 46,5 millions d'euros sur les dépenses de soins.

Mais l'augmentation du prix de certains vaccins change également l'équation. Pour la Cour des comptes, l'enjeu est désormais de ne plus seulement évaluer l'efficacité d'un produit, mais l'efficience de la stratégie vaccinale dans son ensemble, son impact budgétaire et ses performances en conditions réelles d'utilisation.

Elle recommande notamment de rapprocher au sein de la Haute Autorité de santé les différentes étapes d'évaluation aujourd'hui réparties entre plusieurs commissions.

Inégalités territoriales en recul, inégalités sociales persistantes

C'est sans doute l'un des constats les plus structurants du rapport.

Sur le plan territorial, la Cour des comptes estime que la politique conduite depuis 2018 a contribué à réduire certains écarts entre départements. L'extension des obligations et, dans une moindre mesure, la vaccination au collège ont amélioré l'homogénéité géographique de la couverture. Pour le méningocoque C, par exemple, l'écart entre les départements aux couvertures extrêmes est passé de 50 points en 2016 à 18 points en 2023.

Neuf recommandations et un enjeu de pilotage

Au total, la Cour des comptes formule neuf recommandations. Elles portent notamment sur l'alimentation du DMP, la vaccination en PMI et à l'hôpital, l'intégration de la vaccination dans la santé scolaire, l'évaluation de l'efficience et des performances en vie réelle, ainsi que l'adaptation de la stratégie nationale aux réalités de chaque territoire.

Le message adressé aux acteurs du système de santé dépasse donc la seule question de l'accès aux vaccins. Le défi est désormais celui de l'exécution : mieux identifier les personnes à vacciner, mobiliser l'ensemble des professionnels, exploiter les données disponibles, concentrer les efforts sur les populations les moins couvertes et mesurer les résultats obtenus.

Cette publication ouvre ainsi plusieurs chantiers très opérationnels : quelle place donner à la vaccination dans chaque parcours de soins ? Comment organiser le partage de données entre ville, hôpital et pharmacie ? Quels dispositifs d'« aller-vers » produisent réellement des résultats ? Et comment mettre en regard investissement, couverture obtenue et pression évitée sur le système de soins ?

Dans un contexte de ressources contraintes, la vaccination apparaît plus que jamais comme une politique de prévention dont la valeur dépend autant de la qualité du vaccin que de l'organisation collective permettant de le proposer au bon moment, aux bonnes populations et dans les bons territoires.

Rémy Teston

Source : Cour des comptes, La politique de vaccination depuis 2018 – Des avancées à conforter, une mobilisation à renforcer, rapport public thématique, septembre 2026.


Vaccination : la Cour des comptes appelle à transformer les progrès depuis 2018 en résultats plus homogènes

Vaccination : la Cour des comptes appelle à transformer les progrès depuis 2018 en résultats plus homogènes

Dans un rapport publié début septembre, la Cour des comptes dresse un bilan contrasté de la politique vaccinale française depuis 2018. Si l’extension des obligations chez les nourrissons a produit des effets tangibles et si la vaccination confirme son intérêt pour le système de santé, plusieurs fragilités persistent : couverture insuffisante chez les adolescents et les adultes, données vaccinales incomplètes, mobilisation inégale des professionnels et fortes disparités sociales.

Depuis 2018, la politique vaccinale française a profondément évolué. Les obligations vaccinales des nourrissons sont passées de trois à onze, tandis que le nombre de professionnels autorisés à vacciner a été largement élargi. Huit ans plus tard, la Cour des comptes évalue les effets de ces transformations à travers trois dimensions : la couverture vaccinale, l’efficience des stratégies mises en œuvre et leur capacité à réduire les inégalités.

Son constat tient en une formule : « des avancées à conforter, une mobilisation à renforcer ». La politique de vaccination représentait 1,4 milliard d’euros de dépenses en 2024, dont 617 millions pour le remboursement des vaccins. Ce dernier poste a progressé de près de 70 % depuis 2018, notamment sous l’effet du recours à des produits plus coûteux.

Le bilan le plus favorable concerne les jeunes enfants. Selon la Cour, l’extension des obligations vaccinales en 2018 a consolidé les niveaux de couverture déjà élevés et permis une progression importante pour des vaccins plus récemment introduits dans le calendrier. La plupart des maladies concernées sont désormais devenues rares.

Des points de vigilance subsistent cependant. La rougeole reste notamment insuffisamment maîtrisée : la couverture demeure sous le seuil nécessaire pour prévenir durablement les épisodes épidémiques.

La situation est plus contrastée chez les adolescents et les adultes. En matière de papillomavirus humains (HPV), 55 % des jeunes de 15 ans sont vaccinés, souligne la Cour dans sa synthèse, alors que plusieurs pays européens dépassent 80 %. Pour la grippe, la France demeure également loin de l'objectif de 75 % chez les personnes à risque : pour la saison 2025-2026, la couverture des personnes âgées de 65 ans et plus s'établissait autour de 54 % selon les données mobilisées par la Cour.

L'adhésion elle-même mérite attention. Après une progression régulière, la part des adultes se déclarant plutôt ou très favorables à la vaccination est passée de 84 % en 2023 à 80 % en 2024. La Cour des comptes relève par ailleurs une adhésion moins élevée parmi les populations disposant des revenus et niveaux de diplôme les plus faibles.

Plus de vaccinateurs, mais pas encore suffisamment de vaccinations

L'une des grandes orientations prises depuis 2018 a consisté à multiplier les occasions de vaccination. Pharmaciens, infirmiers, sages-femmes et autres professionnels ont progressivement obtenu des compétences élargies.

Le résultat reste pourtant mitigé. Les pharmaciens occupent désormais une place centrale et réalisent près de deux vaccinations contre la grippe sur trois. Mais l'augmentation du nombre théorique de vaccinateurs ne s'est pas traduite mécaniquement par une augmentation suffisante de la couverture de la population. La Cour des comptes estime que les médecins, infirmiers, sages-femmes, services de santé au travail, services universitaires, établissements de santé ou encore laboratoires de biologie pourraient être davantage mobilisés.

Derrière ce constat se dessine un enjeu organisationnel majeur : faire de chaque contact avec le système de santé une occasion de vérifier le statut vaccinal, proposer un rattrapage et, lorsque cela est possible, vacciner directement.

Le dossier vaccinal numérique, maillon faible du pilotage

Pour y parvenir, encore faut-il savoir précisément qui est vacciné contre quoi. C'est l'une des principales faiblesses identifiées par la Cour des comptes.

La France ne dispose toujours pas d'un carnet vaccinal numérique complet et systématiquement alimenté. En octobre 2025, seuls 11 % des dossiers médicaux partagés activés comportaient une note de vaccination, celles-ci étant très majoritairement renseignées par les pharmaciens.

Cette lacune est doublement pénalisante. À l'échelle individuelle, elle complique l'identification des rappels et des rattrapages nécessaires. À l'échelle collective, elle limite la capacité des pouvoirs publics à mesurer précisément les couvertures vaccinales et à cibler les territoires ou populations insuffisamment protégés.

La Cour des comptes recommande donc que le DMP et le Système national des données de santé soient alimentés par l'ensemble des vaccinateurs d'ici fin 2028, avec parallèlement une stratégie permettant de reconstituer l'historique vaccinal.

La campagne de vaccination contre les HPV dans les collèges illustre également la difficulté à transformer un nouvel accès à la vaccination en adhésion effective.

Pour l'année scolaire 2024-2025, 9,2 % seulement des élèves de cinquième ont reçu une première dose au sein de leur collège, selon la Cour des comptes. Les campagnes ont rencontré des difficultés d'organisation, de coordination et de recueil des autorisations parentales.

Elle appelle à inscrire pleinement la vaccination dans la stratégie de santé scolaire, à mieux anticiper les campagnes et à permettre aux infirmiers de l'Éducation nationale volontaires de prescrire et d'administrer les vaccins.

Cet exemple rappelle qu'une politique d'« aller-vers » ne se résume pas à ouvrir un nouveau canal : son efficacité dépend aussi de la gouvernance, de la logistique, de l'information des familles et de la capacité des acteurs locaux à agir de manière coordonnée.

Le rapport insiste également sur la dimension économique de la prévention vaccinale.

L'intérêt pour le système de soins est bien documenté. Les nouvelles mesures de prévention de la bronchiolite ont ainsi été associées à une réduction d'environ 80 % des hospitalisations de nourrissons lors de leur première saison d'exposition. La Cour des comptes estime également, dans une simulation, que la vaccination contre les rotavirus aurait permis d'éviter entre 23 000 et 32 000 hospitalisations.

La grippe fournit un autre exemple. Une saison représente en moyenne environ 2,5 millions de consultations et 9 000 à 10 000 décès associés, avec un impact important sur les établissements hospitaliers en période hivernale. Elle cite une analyse de l'Assurance maladie selon laquelle la campagne 2017-2018 aurait généré une économie nette de 46,5 millions d'euros sur les dépenses de soins.

Mais l'augmentation du prix de certains vaccins change également l'équation. Pour la Cour des comptes, l'enjeu est désormais de ne plus seulement évaluer l'efficacité d'un produit, mais l'efficience de la stratégie vaccinale dans son ensemble, son impact budgétaire et ses performances en conditions réelles d'utilisation.

Elle recommande notamment de rapprocher au sein de la Haute Autorité de santé les différentes étapes d'évaluation aujourd'hui réparties entre plusieurs commissions.

Inégalités territoriales en recul, inégalités sociales persistantes

C'est sans doute l'un des constats les plus structurants du rapport.

Sur le plan territorial, la Cour des comptes estime que la politique conduite depuis 2018 a contribué à réduire certains écarts entre départements. L'extension des obligations et, dans une moindre mesure, la vaccination au collège ont amélioré l'homogénéité géographique de la couverture. Pour le méningocoque C, par exemple, l'écart entre les départements aux couvertures extrêmes est passé de 50 points en 2016 à 18 points en 2023.

Neuf recommandations et un enjeu de pilotage

Au total, la Cour des comptes formule neuf recommandations. Elles portent notamment sur l'alimentation du DMP, la vaccination en PMI et à l'hôpital, l'intégration de la vaccination dans la santé scolaire, l'évaluation de l'efficience et des performances en vie réelle, ainsi que l'adaptation de la stratégie nationale aux réalités de chaque territoire.

Le message adressé aux acteurs du système de santé dépasse donc la seule question de l'accès aux vaccins. Le défi est désormais celui de l'exécution : mieux identifier les personnes à vacciner, mobiliser l'ensemble des professionnels, exploiter les données disponibles, concentrer les efforts sur les populations les moins couvertes et mesurer les résultats obtenus.

Cette publication ouvre ainsi plusieurs chantiers très opérationnels : quelle place donner à la vaccination dans chaque parcours de soins ? Comment organiser le partage de données entre ville, hôpital et pharmacie ? Quels dispositifs d'« aller-vers » produisent réellement des résultats ? Et comment mettre en regard investissement, couverture obtenue et pression évitée sur le système de soins ?

Dans un contexte de ressources contraintes, la vaccination apparaît plus que jamais comme une politique de prévention dont la valeur dépend autant de la qualité du vaccin que de l'organisation collective permettant de le proposer au bon moment, aux bonnes populations et dans les bons territoires.

Rémy Teston

Source : Cour des comptes, La politique de vaccination depuis 2018 – Des avancées à conforter, une mobilisation à renforcer, rapport public thématique, septembre 2026.


Vaccination : la Cour des comptes appelle à transformer les progrès depuis 2018 en résultats plus homogènes

Vaccination : la Cour des comptes appelle à transformer les progrès depuis 2018 en résultats plus homogènes

Dans un rapport publié début septembre, la Cour des comptes dresse un bilan contrasté de la politique vaccinale française depuis 2018. Si l’extension des obligations chez les nourrissons a produit des effets tangibles et si la vaccination confirme son intérêt pour le système de santé, plusieurs fragilités persistent : couverture insuffisante chez les adolescents et les adultes, données vaccinales incomplètes, mobilisation inégale des professionnels et fortes disparités sociales.

Depuis 2018, la politique vaccinale française a profondément évolué. Les obligations vaccinales des nourrissons sont passées de trois à onze, tandis que le nombre de professionnels autorisés à vacciner a été largement élargi. Huit ans plus tard, la Cour des comptes évalue les effets de ces transformations à travers trois dimensions : la couverture vaccinale, l’efficience des stratégies mises en œuvre et leur capacité à réduire les inégalités.

Son constat tient en une formule : « des avancées à conforter, une mobilisation à renforcer ». La politique de vaccination représentait 1,4 milliard d’euros de dépenses en 2024, dont 617 millions pour le remboursement des vaccins. Ce dernier poste a progressé de près de 70 % depuis 2018, notamment sous l’effet du recours à des produits plus coûteux.

Le bilan le plus favorable concerne les jeunes enfants. Selon la Cour, l’extension des obligations vaccinales en 2018 a consolidé les niveaux de couverture déjà élevés et permis une progression importante pour des vaccins plus récemment introduits dans le calendrier. La plupart des maladies concernées sont désormais devenues rares.

Des points de vigilance subsistent cependant. La rougeole reste notamment insuffisamment maîtrisée : la couverture demeure sous le seuil nécessaire pour prévenir durablement les épisodes épidémiques.

La situation est plus contrastée chez les adolescents et les adultes. En matière de papillomavirus humains (HPV), 55 % des jeunes de 15 ans sont vaccinés, souligne la Cour dans sa synthèse, alors que plusieurs pays européens dépassent 80 %. Pour la grippe, la France demeure également loin de l'objectif de 75 % chez les personnes à risque : pour la saison 2025-2026, la couverture des personnes âgées de 65 ans et plus s'établissait autour de 54 % selon les données mobilisées par la Cour.

L'adhésion elle-même mérite attention. Après une progression régulière, la part des adultes se déclarant plutôt ou très favorables à la vaccination est passée de 84 % en 2023 à 80 % en 2024. La Cour des comptes relève par ailleurs une adhésion moins élevée parmi les populations disposant des revenus et niveaux de diplôme les plus faibles.

Plus de vaccinateurs, mais pas encore suffisamment de vaccinations

L'une des grandes orientations prises depuis 2018 a consisté à multiplier les occasions de vaccination. Pharmaciens, infirmiers, sages-femmes et autres professionnels ont progressivement obtenu des compétences élargies.

Le résultat reste pourtant mitigé. Les pharmaciens occupent désormais une place centrale et réalisent près de deux vaccinations contre la grippe sur trois. Mais l'augmentation du nombre théorique de vaccinateurs ne s'est pas traduite mécaniquement par une augmentation suffisante de la couverture de la population. La Cour des comptes estime que les médecins, infirmiers, sages-femmes, services de santé au travail, services universitaires, établissements de santé ou encore laboratoires de biologie pourraient être davantage mobilisés.

Derrière ce constat se dessine un enjeu organisationnel majeur : faire de chaque contact avec le système de santé une occasion de vérifier le statut vaccinal, proposer un rattrapage et, lorsque cela est possible, vacciner directement.

Le dossier vaccinal numérique, maillon faible du pilotage

Pour y parvenir, encore faut-il savoir précisément qui est vacciné contre quoi. C'est l'une des principales faiblesses identifiées par la Cour des comptes.

La France ne dispose toujours pas d'un carnet vaccinal numérique complet et systématiquement alimenté. En octobre 2025, seuls 11 % des dossiers médicaux partagés activés comportaient une note de vaccination, celles-ci étant très majoritairement renseignées par les pharmaciens.

Cette lacune est doublement pénalisante. À l'échelle individuelle, elle complique l'identification des rappels et des rattrapages nécessaires. À l'échelle collective, elle limite la capacité des pouvoirs publics à mesurer précisément les couvertures vaccinales et à cibler les territoires ou populations insuffisamment protégés.

La Cour des comptes recommande donc que le DMP et le Système national des données de santé soient alimentés par l'ensemble des vaccinateurs d'ici fin 2028, avec parallèlement une stratégie permettant de reconstituer l'historique vaccinal.

La campagne de vaccination contre les HPV dans les collèges illustre également la difficulté à transformer un nouvel accès à la vaccination en adhésion effective.

Pour l'année scolaire 2024-2025, 9,2 % seulement des élèves de cinquième ont reçu une première dose au sein de leur collège, selon la Cour des comptes. Les campagnes ont rencontré des difficultés d'organisation, de coordination et de recueil des autorisations parentales.

Elle appelle à inscrire pleinement la vaccination dans la stratégie de santé scolaire, à mieux anticiper les campagnes et à permettre aux infirmiers de l'Éducation nationale volontaires de prescrire et d'administrer les vaccins.

Cet exemple rappelle qu'une politique d'« aller-vers » ne se résume pas à ouvrir un nouveau canal : son efficacité dépend aussi de la gouvernance, de la logistique, de l'information des familles et de la capacité des acteurs locaux à agir de manière coordonnée.

Le rapport insiste également sur la dimension économique de la prévention vaccinale.

L'intérêt pour le système de soins est bien documenté. Les nouvelles mesures de prévention de la bronchiolite ont ainsi été associées à une réduction d'environ 80 % des hospitalisations de nourrissons lors de leur première saison d'exposition. La Cour des comptes estime également, dans une simulation, que la vaccination contre les rotavirus aurait permis d'éviter entre 23 000 et 32 000 hospitalisations.

La grippe fournit un autre exemple. Une saison représente en moyenne environ 2,5 millions de consultations et 9 000 à 10 000 décès associés, avec un impact important sur les établissements hospitaliers en période hivernale. Elle cite une analyse de l'Assurance maladie selon laquelle la campagne 2017-2018 aurait généré une économie nette de 46,5 millions d'euros sur les dépenses de soins.

Mais l'augmentation du prix de certains vaccins change également l'équation. Pour la Cour des comptes, l'enjeu est désormais de ne plus seulement évaluer l'efficacité d'un produit, mais l'efficience de la stratégie vaccinale dans son ensemble, son impact budgétaire et ses performances en conditions réelles d'utilisation.

Elle recommande notamment de rapprocher au sein de la Haute Autorité de santé les différentes étapes d'évaluation aujourd'hui réparties entre plusieurs commissions.

Inégalités territoriales en recul, inégalités sociales persistantes

C'est sans doute l'un des constats les plus structurants du rapport.

Sur le plan territorial, la Cour des comptes estime que la politique conduite depuis 2018 a contribué à réduire certains écarts entre départements. L'extension des obligations et, dans une moindre mesure, la vaccination au collège ont amélioré l'homogénéité géographique de la couverture. Pour le méningocoque C, par exemple, l'écart entre les départements aux couvertures extrêmes est passé de 50 points en 2016 à 18 points en 2023.

Neuf recommandations et un enjeu de pilotage

Au total, la Cour des comptes formule neuf recommandations. Elles portent notamment sur l'alimentation du DMP, la vaccination en PMI et à l'hôpital, l'intégration de la vaccination dans la santé scolaire, l'évaluation de l'efficience et des performances en vie réelle, ainsi que l'adaptation de la stratégie nationale aux réalités de chaque territoire.

Le message adressé aux acteurs du système de santé dépasse donc la seule question de l'accès aux vaccins. Le défi est désormais celui de l'exécution : mieux identifier les personnes à vacciner, mobiliser l'ensemble des professionnels, exploiter les données disponibles, concentrer les efforts sur les populations les moins couvertes et mesurer les résultats obtenus.

Cette publication ouvre ainsi plusieurs chantiers très opérationnels : quelle place donner à la vaccination dans chaque parcours de soins ? Comment organiser le partage de données entre ville, hôpital et pharmacie ? Quels dispositifs d'« aller-vers » produisent réellement des résultats ? Et comment mettre en regard investissement, couverture obtenue et pression évitée sur le système de soins ?

Dans un contexte de ressources contraintes, la vaccination apparaît plus que jamais comme une politique de prévention dont la valeur dépend autant de la qualité du vaccin que de l'organisation collective permettant de le proposer au bon moment, aux bonnes populations et dans les bons territoires.

Rémy Teston

Source : Cour des comptes, La politique de vaccination depuis 2018 – Des avancées à conforter, une mobilisation à renforcer, rapport public thématique, septembre 2026.