8 avril 2026
Sommet One Health : sortir des silos pour bâtir une politique de santé vraiment intégrée

Sommet One Health : sortir des silos pour bâtir une politique de santé vraiment intégrée
Longtemps perçue comme un cadre conceptuel, l’approche One Health franchit un cap avec le sommet dédié et les recommandations issues du colloque scientifique du 7 avril 2026. Gouvernance, prévention, données, systèmes alimentaires, pollution, résistance aux antimicrobiens : derrière cette vision globale se dessine une véritable feuille de route pour les décideurs publics et privés appelés à repenser la santé à l’échelle des interdépendances.
À l’heure où les crises sanitaires, environnementales et alimentaires s’entremêlent, l’approche One Health s’impose comme un changement de méthode autant que de gouvernance. Présentée par le ministère chargé de la Santé comme une approche globale d’« une seule santé », elle repose sur une idée simple en apparence, mais profondément structurante pour l’action publique et privée : la santé humaine ne peut plus être pensée indépendamment de la santé animale, végétale et environnementale.
Le One Health Summit donne à cette vision une traduction beaucoup plus opérationnelle. La synthèse des recommandations issues du colloque scientifique du 7 avril 2026 montre que l’enjeu n’est plus seulement de promouvoir un concept fédérateur, mais bien de construire un écosystème intégré capable de prévenir les crises plutôt que de les subir. Le document pose un cadre clair : une gouvernance multisectorielle, un dialogue renforcé entre science, politique et société, des financements adaptés, des données interopérables et une attention constante aux réalités territoriales.
La prévention primaire comme ligne de force
Le premier mérite du sommet est de replacer la prévention primaire au centre du jeu. Là où les systèmes ont souvent été organisés en réponse aux urgences, les recommandations invitent à agir en amont, au plus près des interfaces à risque entre humains, animaux, plantes et écosystèmes. Cette logique traverse l’ensemble des quatre piliers retenus : les maladies infectieuses émergentes, la résistance aux antimicrobiens, la pollution et les systèmes alimentaires durables.
Ces quatre piliers ne sont pas juxtaposés ; ils sont reliés par une même architecture de gouvernance, par les données et par les sciences humaines et sociales, qui en assurent la cohérence et l’acceptabilité.
Anticiper plutôt que subir les maladies émergentes
Sur le terrain des maladies infectieuses émergentes, le sommet appelle à un basculement décisif. Il ne s’agit plus seulement de renforcer la veille sanitaire, mais de repenser l’aménagement des territoires, l’usage des sols et de l’eau, ainsi que les dispositifs de surveillance à toutes les échelles. L’ambition est de mieux anticiper les débordements zoonotiques en identifiant les zones de vulnérabilité et en organisant des réponses coordonnées entre acteurs publics, chercheurs, collectivités, communautés locales et secteur privé.
Cette approche territoriale marque une évolution importante : la santé devient aussi une question d’urbanisme, de biodiversité, de gestion des interfaces rurales et urbaines, et de capacité collective à partager l’information à temps.
La résistance aux antimicrobiens, révélateur des interdépendances
Le chapitre consacré à la résistance aux antimicrobiens donne, lui aussi, la mesure du défi. Le document rappelle que la RAM figure parmi les menaces majeures pour la santé mondiale et souligne l’interdépendance entre usages humains, animaux, agricoles et environnementaux. La réponse proposée va bien au-delà du seul bon usage des antibiotiques.
Elle engage la prévention des infections, l’hygiène, la biosécurité, l’accès équitable aux traitements, le développement de nouveaux outils thérapeutiques et une coopération internationale plus structurée. Le sommet plaide notamment pour des plans d’action nationaux réellement financés, pour une meilleure interopérabilité des données et pour une lecture différenciée des besoins selon les contextes nationaux. Cette dimension est essentielle pour les décideurs : elle rappelle qu’une stratégie efficace suppose à la fois des standards communs et une capacité d’adaptation locale.
La pollution, un sujet One Health à part entière
Autre apport fort de ce travail, la pollution n’est plus traitée comme un sujet périphérique, mais comme un risque One Health à part entière. Les recommandations insistent sur le principe de produits et matériaux « sûrs et durables dès la conception », sur la transparence des compositions chimiques, sur l’analyse des expositions réelles et sur la création d’un espace mondial commun de données relatives aux produits chimiques et aux produits.
En filigrane, une conviction se dégage : prévenir les impacts sanitaires et environnementaux exige d’intervenir très en amont des chaînes de production et d’approvisionnement. Pour les entreprises, le message est net. Les logiques de conformité vont progressivement laisser place à des exigences plus larges de traçabilité, d’écoconception et de preuve d’impact.
Repenser les systèmes alimentaires dans une logique de santé globale
Le sommet accorde également une place centrale aux systèmes alimentaires durables, avec une lecture qui dépasse la seule sécurité sanitaire des aliments. Les recommandations articulent agroécologie, microbiomes, biodiversité, nutrition, prévention des maladies chroniques, gouvernance territoriale et lutte contre les vulnérabilités alimentaires.
Cette vision élargie est stratégique. Elle relie enfin, dans un même cadre de décision, la production agricole, la qualité des aliments, les inégalités sociales, les contaminations chimiques et biologiques, ainsi que la résilience des territoires. Là encore, le signal envoyé aux décideurs est clair : l’alimentation n’est plus seulement un sujet de filière, c’est un sujet de santé publique, de souveraineté et de transformation des modèles économiques.
Données, sciences humaines et gouvernance : les conditions de réussite
L’un des points les plus intéressants de la synthèse des échanges tient à la place donnée aux données et aux sciences humaines et sociales. Les premières sont décrites comme un catalyseur indispensable pour faire circuler l’information entre secteurs et produire des analyses réellement intégrées. Les secondes sont présentées comme la condition de l’ancrage local, de l’éthique, de l’équité et de l’acceptabilité sociale des politiques.
Autrement dit, le sommet refuse une vision purement technicienne de One Health. La performance ne se mesurera pas seulement à la qualité des outils de surveillance ou de modélisation, mais aussi à la capacité à associer les acteurs, à reconnaître les vulnérabilités territoriales et à rendre les décisions compréhensibles, légitimes et applicables. La synthèse insiste précisément sur cette convergence entre interopérabilité des données, souveraineté, co-construction locale et justice sociale.
Une feuille de route pour les décideurs
Pour les organisations de santé, les industriels, les établissements, les assureurs, les acteurs publics et les innovateurs, le One Health Summit fait émerger une lecture business au sens le plus utile du terme. Il invite à sortir des approches en silos, à raisonner en coûts de l’inaction, à documenter les co-bénéfices intersectoriels, à financer la prévention comme un investissement et à structurer de nouveaux partenariats public-privé.
On évoque d’ailleurs explicitement des mécanismes de financement innovants, la mobilisation de capitaux privés, le recours à des technologies émergentes comme l’IA ou la blockchain pour la traçabilité, et la nécessité d’indicateurs capables de démontrer la valeur ajoutée des stratégies One Health.
De la vision à l’exécution
Au fond, la portée du sommet dépasse le champ sanitaire. Il dessine une méthode de transformation pour des systèmes devenus trop interdépendants pour être pilotés séparément. La santé, l’agriculture, l’environnement, l’alimentation, l’innovation et l’aménagement du territoire y apparaissent comme des domaines d’action liés par une même exigence de prévention, de preuve et de coopération.
C’est sans doute là que se situe le principal enseignement pour les dirigeants : One Health n’est pas un supplément de discours. C’est une grille de décision appelée à peser de plus en plus fortement sur les stratégies, les investissements, les partenariats et les cadres réglementaires.
Faire de l’interdépendance un principe d’action
Le sommet ouvre donc une séquence exigeante. La vision est désormais posée, les recommandations sont structurées, les priorités sont identifiées. Reste l’essentiel : transformer cette ambition en feuilles de route, en indicateurs partagés et en réalisations concrètes dans les territoires.
Car la promesse de One Health ne sera tenue qu’à une condition : faire de l’interdépendance non plus un constat, mais un principe d’action.
Rémy Teston
8 avril 2026
Sommet One Health : sortir des silos pour bâtir une politique de santé vraiment intégrée

Sommet One Health : sortir des silos pour bâtir une politique de santé vraiment intégrée
Longtemps perçue comme un cadre conceptuel, l’approche One Health franchit un cap avec le sommet dédié et les recommandations issues du colloque scientifique du 7 avril 2026. Gouvernance, prévention, données, systèmes alimentaires, pollution, résistance aux antimicrobiens : derrière cette vision globale se dessine une véritable feuille de route pour les décideurs publics et privés appelés à repenser la santé à l’échelle des interdépendances.
À l’heure où les crises sanitaires, environnementales et alimentaires s’entremêlent, l’approche One Health s’impose comme un changement de méthode autant que de gouvernance. Présentée par le ministère chargé de la Santé comme une approche globale d’« une seule santé », elle repose sur une idée simple en apparence, mais profondément structurante pour l’action publique et privée : la santé humaine ne peut plus être pensée indépendamment de la santé animale, végétale et environnementale.
Le One Health Summit donne à cette vision une traduction beaucoup plus opérationnelle. La synthèse des recommandations issues du colloque scientifique du 7 avril 2026 montre que l’enjeu n’est plus seulement de promouvoir un concept fédérateur, mais bien de construire un écosystème intégré capable de prévenir les crises plutôt que de les subir. Le document pose un cadre clair : une gouvernance multisectorielle, un dialogue renforcé entre science, politique et société, des financements adaptés, des données interopérables et une attention constante aux réalités territoriales.
La prévention primaire comme ligne de force
Le premier mérite du sommet est de replacer la prévention primaire au centre du jeu. Là où les systèmes ont souvent été organisés en réponse aux urgences, les recommandations invitent à agir en amont, au plus près des interfaces à risque entre humains, animaux, plantes et écosystèmes. Cette logique traverse l’ensemble des quatre piliers retenus : les maladies infectieuses émergentes, la résistance aux antimicrobiens, la pollution et les systèmes alimentaires durables.
Ces quatre piliers ne sont pas juxtaposés ; ils sont reliés par une même architecture de gouvernance, par les données et par les sciences humaines et sociales, qui en assurent la cohérence et l’acceptabilité.
Anticiper plutôt que subir les maladies émergentes
Sur le terrain des maladies infectieuses émergentes, le sommet appelle à un basculement décisif. Il ne s’agit plus seulement de renforcer la veille sanitaire, mais de repenser l’aménagement des territoires, l’usage des sols et de l’eau, ainsi que les dispositifs de surveillance à toutes les échelles. L’ambition est de mieux anticiper les débordements zoonotiques en identifiant les zones de vulnérabilité et en organisant des réponses coordonnées entre acteurs publics, chercheurs, collectivités, communautés locales et secteur privé.
Cette approche territoriale marque une évolution importante : la santé devient aussi une question d’urbanisme, de biodiversité, de gestion des interfaces rurales et urbaines, et de capacité collective à partager l’information à temps.
La résistance aux antimicrobiens, révélateur des interdépendances
Le chapitre consacré à la résistance aux antimicrobiens donne, lui aussi, la mesure du défi. Le document rappelle que la RAM figure parmi les menaces majeures pour la santé mondiale et souligne l’interdépendance entre usages humains, animaux, agricoles et environnementaux. La réponse proposée va bien au-delà du seul bon usage des antibiotiques.
Elle engage la prévention des infections, l’hygiène, la biosécurité, l’accès équitable aux traitements, le développement de nouveaux outils thérapeutiques et une coopération internationale plus structurée. Le sommet plaide notamment pour des plans d’action nationaux réellement financés, pour une meilleure interopérabilité des données et pour une lecture différenciée des besoins selon les contextes nationaux. Cette dimension est essentielle pour les décideurs : elle rappelle qu’une stratégie efficace suppose à la fois des standards communs et une capacité d’adaptation locale.
La pollution, un sujet One Health à part entière
Autre apport fort de ce travail, la pollution n’est plus traitée comme un sujet périphérique, mais comme un risque One Health à part entière. Les recommandations insistent sur le principe de produits et matériaux « sûrs et durables dès la conception », sur la transparence des compositions chimiques, sur l’analyse des expositions réelles et sur la création d’un espace mondial commun de données relatives aux produits chimiques et aux produits.
En filigrane, une conviction se dégage : prévenir les impacts sanitaires et environnementaux exige d’intervenir très en amont des chaînes de production et d’approvisionnement. Pour les entreprises, le message est net. Les logiques de conformité vont progressivement laisser place à des exigences plus larges de traçabilité, d’écoconception et de preuve d’impact.
Repenser les systèmes alimentaires dans une logique de santé globale
Le sommet accorde également une place centrale aux systèmes alimentaires durables, avec une lecture qui dépasse la seule sécurité sanitaire des aliments. Les recommandations articulent agroécologie, microbiomes, biodiversité, nutrition, prévention des maladies chroniques, gouvernance territoriale et lutte contre les vulnérabilités alimentaires.
Cette vision élargie est stratégique. Elle relie enfin, dans un même cadre de décision, la production agricole, la qualité des aliments, les inégalités sociales, les contaminations chimiques et biologiques, ainsi que la résilience des territoires. Là encore, le signal envoyé aux décideurs est clair : l’alimentation n’est plus seulement un sujet de filière, c’est un sujet de santé publique, de souveraineté et de transformation des modèles économiques.
Données, sciences humaines et gouvernance : les conditions de réussite
L’un des points les plus intéressants de la synthèse des échanges tient à la place donnée aux données et aux sciences humaines et sociales. Les premières sont décrites comme un catalyseur indispensable pour faire circuler l’information entre secteurs et produire des analyses réellement intégrées. Les secondes sont présentées comme la condition de l’ancrage local, de l’éthique, de l’équité et de l’acceptabilité sociale des politiques.
Autrement dit, le sommet refuse une vision purement technicienne de One Health. La performance ne se mesurera pas seulement à la qualité des outils de surveillance ou de modélisation, mais aussi à la capacité à associer les acteurs, à reconnaître les vulnérabilités territoriales et à rendre les décisions compréhensibles, légitimes et applicables. La synthèse insiste précisément sur cette convergence entre interopérabilité des données, souveraineté, co-construction locale et justice sociale.
Une feuille de route pour les décideurs
Pour les organisations de santé, les industriels, les établissements, les assureurs, les acteurs publics et les innovateurs, le One Health Summit fait émerger une lecture business au sens le plus utile du terme. Il invite à sortir des approches en silos, à raisonner en coûts de l’inaction, à documenter les co-bénéfices intersectoriels, à financer la prévention comme un investissement et à structurer de nouveaux partenariats public-privé.
On évoque d’ailleurs explicitement des mécanismes de financement innovants, la mobilisation de capitaux privés, le recours à des technologies émergentes comme l’IA ou la blockchain pour la traçabilité, et la nécessité d’indicateurs capables de démontrer la valeur ajoutée des stratégies One Health.
De la vision à l’exécution
Au fond, la portée du sommet dépasse le champ sanitaire. Il dessine une méthode de transformation pour des systèmes devenus trop interdépendants pour être pilotés séparément. La santé, l’agriculture, l’environnement, l’alimentation, l’innovation et l’aménagement du territoire y apparaissent comme des domaines d’action liés par une même exigence de prévention, de preuve et de coopération.
C’est sans doute là que se situe le principal enseignement pour les dirigeants : One Health n’est pas un supplément de discours. C’est une grille de décision appelée à peser de plus en plus fortement sur les stratégies, les investissements, les partenariats et les cadres réglementaires.
Faire de l’interdépendance un principe d’action
Le sommet ouvre donc une séquence exigeante. La vision est désormais posée, les recommandations sont structurées, les priorités sont identifiées. Reste l’essentiel : transformer cette ambition en feuilles de route, en indicateurs partagés et en réalisations concrètes dans les territoires.
Car la promesse de One Health ne sera tenue qu’à une condition : faire de l’interdépendance non plus un constat, mais un principe d’action.
Rémy Teston
8 avril 2026
Sommet One Health : sortir des silos pour bâtir une politique de santé vraiment intégrée

Sommet One Health : sortir des silos pour bâtir une politique de santé vraiment intégrée
Longtemps perçue comme un cadre conceptuel, l’approche One Health franchit un cap avec le sommet dédié et les recommandations issues du colloque scientifique du 7 avril 2026. Gouvernance, prévention, données, systèmes alimentaires, pollution, résistance aux antimicrobiens : derrière cette vision globale se dessine une véritable feuille de route pour les décideurs publics et privés appelés à repenser la santé à l’échelle des interdépendances.
À l’heure où les crises sanitaires, environnementales et alimentaires s’entremêlent, l’approche One Health s’impose comme un changement de méthode autant que de gouvernance. Présentée par le ministère chargé de la Santé comme une approche globale d’« une seule santé », elle repose sur une idée simple en apparence, mais profondément structurante pour l’action publique et privée : la santé humaine ne peut plus être pensée indépendamment de la santé animale, végétale et environnementale.
Le One Health Summit donne à cette vision une traduction beaucoup plus opérationnelle. La synthèse des recommandations issues du colloque scientifique du 7 avril 2026 montre que l’enjeu n’est plus seulement de promouvoir un concept fédérateur, mais bien de construire un écosystème intégré capable de prévenir les crises plutôt que de les subir. Le document pose un cadre clair : une gouvernance multisectorielle, un dialogue renforcé entre science, politique et société, des financements adaptés, des données interopérables et une attention constante aux réalités territoriales.
La prévention primaire comme ligne de force
Le premier mérite du sommet est de replacer la prévention primaire au centre du jeu. Là où les systèmes ont souvent été organisés en réponse aux urgences, les recommandations invitent à agir en amont, au plus près des interfaces à risque entre humains, animaux, plantes et écosystèmes. Cette logique traverse l’ensemble des quatre piliers retenus : les maladies infectieuses émergentes, la résistance aux antimicrobiens, la pollution et les systèmes alimentaires durables.
Ces quatre piliers ne sont pas juxtaposés ; ils sont reliés par une même architecture de gouvernance, par les données et par les sciences humaines et sociales, qui en assurent la cohérence et l’acceptabilité.
Anticiper plutôt que subir les maladies émergentes
Sur le terrain des maladies infectieuses émergentes, le sommet appelle à un basculement décisif. Il ne s’agit plus seulement de renforcer la veille sanitaire, mais de repenser l’aménagement des territoires, l’usage des sols et de l’eau, ainsi que les dispositifs de surveillance à toutes les échelles. L’ambition est de mieux anticiper les débordements zoonotiques en identifiant les zones de vulnérabilité et en organisant des réponses coordonnées entre acteurs publics, chercheurs, collectivités, communautés locales et secteur privé.
Cette approche territoriale marque une évolution importante : la santé devient aussi une question d’urbanisme, de biodiversité, de gestion des interfaces rurales et urbaines, et de capacité collective à partager l’information à temps.
La résistance aux antimicrobiens, révélateur des interdépendances
Le chapitre consacré à la résistance aux antimicrobiens donne, lui aussi, la mesure du défi. Le document rappelle que la RAM figure parmi les menaces majeures pour la santé mondiale et souligne l’interdépendance entre usages humains, animaux, agricoles et environnementaux. La réponse proposée va bien au-delà du seul bon usage des antibiotiques.
Elle engage la prévention des infections, l’hygiène, la biosécurité, l’accès équitable aux traitements, le développement de nouveaux outils thérapeutiques et une coopération internationale plus structurée. Le sommet plaide notamment pour des plans d’action nationaux réellement financés, pour une meilleure interopérabilité des données et pour une lecture différenciée des besoins selon les contextes nationaux. Cette dimension est essentielle pour les décideurs : elle rappelle qu’une stratégie efficace suppose à la fois des standards communs et une capacité d’adaptation locale.
La pollution, un sujet One Health à part entière
Autre apport fort de ce travail, la pollution n’est plus traitée comme un sujet périphérique, mais comme un risque One Health à part entière. Les recommandations insistent sur le principe de produits et matériaux « sûrs et durables dès la conception », sur la transparence des compositions chimiques, sur l’analyse des expositions réelles et sur la création d’un espace mondial commun de données relatives aux produits chimiques et aux produits.
En filigrane, une conviction se dégage : prévenir les impacts sanitaires et environnementaux exige d’intervenir très en amont des chaînes de production et d’approvisionnement. Pour les entreprises, le message est net. Les logiques de conformité vont progressivement laisser place à des exigences plus larges de traçabilité, d’écoconception et de preuve d’impact.
Repenser les systèmes alimentaires dans une logique de santé globale
Le sommet accorde également une place centrale aux systèmes alimentaires durables, avec une lecture qui dépasse la seule sécurité sanitaire des aliments. Les recommandations articulent agroécologie, microbiomes, biodiversité, nutrition, prévention des maladies chroniques, gouvernance territoriale et lutte contre les vulnérabilités alimentaires.
Cette vision élargie est stratégique. Elle relie enfin, dans un même cadre de décision, la production agricole, la qualité des aliments, les inégalités sociales, les contaminations chimiques et biologiques, ainsi que la résilience des territoires. Là encore, le signal envoyé aux décideurs est clair : l’alimentation n’est plus seulement un sujet de filière, c’est un sujet de santé publique, de souveraineté et de transformation des modèles économiques.
Données, sciences humaines et gouvernance : les conditions de réussite
L’un des points les plus intéressants de la synthèse des échanges tient à la place donnée aux données et aux sciences humaines et sociales. Les premières sont décrites comme un catalyseur indispensable pour faire circuler l’information entre secteurs et produire des analyses réellement intégrées. Les secondes sont présentées comme la condition de l’ancrage local, de l’éthique, de l’équité et de l’acceptabilité sociale des politiques.
Autrement dit, le sommet refuse une vision purement technicienne de One Health. La performance ne se mesurera pas seulement à la qualité des outils de surveillance ou de modélisation, mais aussi à la capacité à associer les acteurs, à reconnaître les vulnérabilités territoriales et à rendre les décisions compréhensibles, légitimes et applicables. La synthèse insiste précisément sur cette convergence entre interopérabilité des données, souveraineté, co-construction locale et justice sociale.
Une feuille de route pour les décideurs
Pour les organisations de santé, les industriels, les établissements, les assureurs, les acteurs publics et les innovateurs, le One Health Summit fait émerger une lecture business au sens le plus utile du terme. Il invite à sortir des approches en silos, à raisonner en coûts de l’inaction, à documenter les co-bénéfices intersectoriels, à financer la prévention comme un investissement et à structurer de nouveaux partenariats public-privé.
On évoque d’ailleurs explicitement des mécanismes de financement innovants, la mobilisation de capitaux privés, le recours à des technologies émergentes comme l’IA ou la blockchain pour la traçabilité, et la nécessité d’indicateurs capables de démontrer la valeur ajoutée des stratégies One Health.
De la vision à l’exécution
Au fond, la portée du sommet dépasse le champ sanitaire. Il dessine une méthode de transformation pour des systèmes devenus trop interdépendants pour être pilotés séparément. La santé, l’agriculture, l’environnement, l’alimentation, l’innovation et l’aménagement du territoire y apparaissent comme des domaines d’action liés par une même exigence de prévention, de preuve et de coopération.
C’est sans doute là que se situe le principal enseignement pour les dirigeants : One Health n’est pas un supplément de discours. C’est une grille de décision appelée à peser de plus en plus fortement sur les stratégies, les investissements, les partenariats et les cadres réglementaires.
Faire de l’interdépendance un principe d’action
Le sommet ouvre donc une séquence exigeante. La vision est désormais posée, les recommandations sont structurées, les priorités sont identifiées. Reste l’essentiel : transformer cette ambition en feuilles de route, en indicateurs partagés et en réalisations concrètes dans les territoires.
Car la promesse de One Health ne sera tenue qu’à une condition : faire de l’interdépendance non plus un constat, mais un principe d’action.
Rémy Teston

