Sécurité sociale : la Cour des comptes appelle à un redressement dès 2027

Dans une publication du 20 octobre, la Cour des comptes alerte sur une trajectoire financière devenue difficilement soutenable pour la Sécurité sociale. Le déficit devrait atteindre 21,8 milliards d’euros en 2026. Le PLFSS 2027 prévoit un effort de redressement de près de 10 milliards d’euros, mais la Cour des comptes estime que cet effort devra être confirmé, documenté et prolongé pour permettre un retour à l’équilibre à l’horizon 2030.

À l’occasion de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, la Cour des comptes actualise son diagnostic sur les finances sociales. Son constat est sans ambiguïté : après plusieurs années de déficits élevés, 2027 doit constituer un point d’inflexion.

En 2026, l’objectif voté ne sera pas atteint. Le déficit des régimes obligatoires de base devrait s’établir à 21,8 milliards d’euros, soit 2,4 milliards de plus que prévu. La Cour des comptes attribue notamment cette dégradation à un environnement macroéconomique moins favorable, qui a pesé sur les recettes sociales. Dans le même temps, recettes et dépenses progressent au même rythme, de 2,6 %.

Près de 9 milliards d’euros d’économies prévues en 2027

Pour 2027, le PLFSS présenté par le Gouvernement vise un déficit ramené à 12,7 milliards d’euros. L’effort représente donc près de 10 milliards d’euros par rapport à 2026.

Le projet prévoit 6,3 milliards d’euros de mesures nouvelles en recettes et près de 9 milliards d’euros d’économies en dépenses. Ces dernières reposent notamment sur 3,9 milliards d’euros d’économies sur l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM), 3 milliards via la désindexation partielle des retraites et 1,6 milliard sur les dépenses de la branche famille.

Pour l’assurance maladie, la cible d’ONDAM est fixée à 278,7 milliards d’euros, en progression de 2 % seulement par rapport à 2026, soit le rythme le plus faible depuis 2017. La construction de cet objectif intègre 5,1 milliards d’euros d’économies et 1,2 milliard de dépenses supplémentaires.

Parmi les économies envisagées figurent 2,1 milliards d’euros sur les produits de santé, notamment par des baisses de prix, des mesures de bon usage et un renforcement des mécanismes de régulation concernant les dispositifs médicaux.

Des économies encore fragiles

La Cour des comptes souligne néanmoins plusieurs incertitudes. Certaines mesures restent à négocier ou à préciser, notamment autour des indemnités journalières ou de l’allocation de rentrée scolaire. D’autres économies, en particulier celles portant sur les produits de santé, ne sont pas encore entièrement sécurisées.

Plus largement, la Cour des comptes relève que, faute de réformes structurelles engagées suffisamment tôt, le PLFSS repose encore largement sur des mesures paramétriques. Certaines peuvent déplacer la charge entre l’Assurance maladie obligatoire, les complémentaires, les employeurs ou les patients sans nécessairement améliorer l’efficience globale du système.

C’est sans doute l’un des enseignements les plus importants du rapport pour les acteurs de santé : la question n’est plus uniquement de réduire la progression des dépenses, mais de déterminer où et comment réaliser des économies sans dégrader la qualité, l’accès ou la pertinence des soins.

La dette sociale, prochain chantier majeur

Au-delà du déficit annuel, la Cour des comptes alerte surtout sur l’accumulation de dette portée par l’Acoss, qui assure la trésorerie du régime général.

À mesure que les déficits se répètent, le besoin de financement augmente et expose davantage la Sécurité sociale aux conditions des marchés financiers et à la remontée des taux d’intérêt. Dans le scénario tendanciel présenté dans le rapport, le plafond d’emprunt de l’Acoss pourrait atteindre 130 milliards d’euros en 2030.

La Cour des comptes préconise donc d’organiser avant la fin de 2027 un nouveau transfert de dette sociale vers la Cades, à condition qu’il soit adossé à une trajectoire crédible et documentée de retour à l’équilibre. L’opération pourrait porter sur un montant de l’ordre de 100 milliards d’euros et conduirait à prolonger la durée d’amortissement de la Cades au-delà de 2033.

Vers un retour à l’équilibre en 2030 ?

Pour la Cour des comptes, la trajectoire peut encore être redressée. Si l’effort prévu en 2027 est effectivement voté puis tenu, un retour à l’équilibre des comptes sociaux à l’horizon 2030 resterait atteignable. Mais il supposerait de prolonger l’effort au-delà d’une seule loi de financement et de documenter des économies plus structurelles, notamment dans le champ de l’assurance maladie.

Pour les dirigeants de santé, cette séquence ouvre une période d’arbitrages particulièrement sensibles. Le débat portera nécessairement sur le niveau des dépenses, mais aussi sur leur composition : quelles prises en charge doivent évoluer ? Où trouver des gains de productivité ? Quelle place donner à la prévention, au numérique, à l’organisation des parcours ou à la pertinence des soins ? Et comment préserver l’innovation dans un environnement budgétaire de plus en plus contraint ?

La Cour des comptes place ainsi 2027 face à un double impératif : restaurer la soutenabilité financière de la Sécurité sociale tout en évitant que le redressement comptable ne se traduise par un affaiblissement de la capacité du système à répondre aux besoins de santé.

Pour consulter le rapport, c'est par ici >

Rémy Teston



Sécurité sociale : la Cour des comptes appelle à un redressement dès 2027

Sécurité sociale : la Cour des comptes appelle à un redressement dès 2027

Dans une publication du 20 octobre, la Cour des comptes alerte sur une trajectoire financière devenue difficilement soutenable pour la Sécurité sociale. Le déficit devrait atteindre 21,8 milliards d’euros en 2026. Le PLFSS 2027 prévoit un effort de redressement de près de 10 milliards d’euros, mais la Cour des comptes estime que cet effort devra être confirmé, documenté et prolongé pour permettre un retour à l’équilibre à l’horizon 2030.

À l’occasion de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, la Cour des comptes actualise son diagnostic sur les finances sociales. Son constat est sans ambiguïté : après plusieurs années de déficits élevés, 2027 doit constituer un point d’inflexion.

En 2026, l’objectif voté ne sera pas atteint. Le déficit des régimes obligatoires de base devrait s’établir à 21,8 milliards d’euros, soit 2,4 milliards de plus que prévu. La Cour des comptes attribue notamment cette dégradation à un environnement macroéconomique moins favorable, qui a pesé sur les recettes sociales. Dans le même temps, recettes et dépenses progressent au même rythme, de 2,6 %.

Près de 9 milliards d’euros d’économies prévues en 2027

Pour 2027, le PLFSS présenté par le Gouvernement vise un déficit ramené à 12,7 milliards d’euros. L’effort représente donc près de 10 milliards d’euros par rapport à 2026.

Le projet prévoit 6,3 milliards d’euros de mesures nouvelles en recettes et près de 9 milliards d’euros d’économies en dépenses. Ces dernières reposent notamment sur 3,9 milliards d’euros d’économies sur l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM), 3 milliards via la désindexation partielle des retraites et 1,6 milliard sur les dépenses de la branche famille.

Pour l’assurance maladie, la cible d’ONDAM est fixée à 278,7 milliards d’euros, en progression de 2 % seulement par rapport à 2026, soit le rythme le plus faible depuis 2017. La construction de cet objectif intègre 5,1 milliards d’euros d’économies et 1,2 milliard de dépenses supplémentaires.

Parmi les économies envisagées figurent 2,1 milliards d’euros sur les produits de santé, notamment par des baisses de prix, des mesures de bon usage et un renforcement des mécanismes de régulation concernant les dispositifs médicaux.

Des économies encore fragiles

La Cour des comptes souligne néanmoins plusieurs incertitudes. Certaines mesures restent à négocier ou à préciser, notamment autour des indemnités journalières ou de l’allocation de rentrée scolaire. D’autres économies, en particulier celles portant sur les produits de santé, ne sont pas encore entièrement sécurisées.

Plus largement, la Cour des comptes relève que, faute de réformes structurelles engagées suffisamment tôt, le PLFSS repose encore largement sur des mesures paramétriques. Certaines peuvent déplacer la charge entre l’Assurance maladie obligatoire, les complémentaires, les employeurs ou les patients sans nécessairement améliorer l’efficience globale du système.

C’est sans doute l’un des enseignements les plus importants du rapport pour les acteurs de santé : la question n’est plus uniquement de réduire la progression des dépenses, mais de déterminer où et comment réaliser des économies sans dégrader la qualité, l’accès ou la pertinence des soins.

La dette sociale, prochain chantier majeur

Au-delà du déficit annuel, la Cour des comptes alerte surtout sur l’accumulation de dette portée par l’Acoss, qui assure la trésorerie du régime général.

À mesure que les déficits se répètent, le besoin de financement augmente et expose davantage la Sécurité sociale aux conditions des marchés financiers et à la remontée des taux d’intérêt. Dans le scénario tendanciel présenté dans le rapport, le plafond d’emprunt de l’Acoss pourrait atteindre 130 milliards d’euros en 2030.

La Cour des comptes préconise donc d’organiser avant la fin de 2027 un nouveau transfert de dette sociale vers la Cades, à condition qu’il soit adossé à une trajectoire crédible et documentée de retour à l’équilibre. L’opération pourrait porter sur un montant de l’ordre de 100 milliards d’euros et conduirait à prolonger la durée d’amortissement de la Cades au-delà de 2033.

Vers un retour à l’équilibre en 2030 ?

Pour la Cour des comptes, la trajectoire peut encore être redressée. Si l’effort prévu en 2027 est effectivement voté puis tenu, un retour à l’équilibre des comptes sociaux à l’horizon 2030 resterait atteignable. Mais il supposerait de prolonger l’effort au-delà d’une seule loi de financement et de documenter des économies plus structurelles, notamment dans le champ de l’assurance maladie.

Pour les dirigeants de santé, cette séquence ouvre une période d’arbitrages particulièrement sensibles. Le débat portera nécessairement sur le niveau des dépenses, mais aussi sur leur composition : quelles prises en charge doivent évoluer ? Où trouver des gains de productivité ? Quelle place donner à la prévention, au numérique, à l’organisation des parcours ou à la pertinence des soins ? Et comment préserver l’innovation dans un environnement budgétaire de plus en plus contraint ?

La Cour des comptes place ainsi 2027 face à un double impératif : restaurer la soutenabilité financière de la Sécurité sociale tout en évitant que le redressement comptable ne se traduise par un affaiblissement de la capacité du système à répondre aux besoins de santé.

Pour consulter le rapport, c'est par ici >

Rémy Teston



Sécurité sociale : la Cour des comptes appelle à un redressement dès 2027

Sécurité sociale : la Cour des comptes appelle à un redressement dès 2027

Dans une publication du 20 octobre, la Cour des comptes alerte sur une trajectoire financière devenue difficilement soutenable pour la Sécurité sociale. Le déficit devrait atteindre 21,8 milliards d’euros en 2026. Le PLFSS 2027 prévoit un effort de redressement de près de 10 milliards d’euros, mais la Cour des comptes estime que cet effort devra être confirmé, documenté et prolongé pour permettre un retour à l’équilibre à l’horizon 2030.

À l’occasion de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, la Cour des comptes actualise son diagnostic sur les finances sociales. Son constat est sans ambiguïté : après plusieurs années de déficits élevés, 2027 doit constituer un point d’inflexion.

En 2026, l’objectif voté ne sera pas atteint. Le déficit des régimes obligatoires de base devrait s’établir à 21,8 milliards d’euros, soit 2,4 milliards de plus que prévu. La Cour des comptes attribue notamment cette dégradation à un environnement macroéconomique moins favorable, qui a pesé sur les recettes sociales. Dans le même temps, recettes et dépenses progressent au même rythme, de 2,6 %.

Près de 9 milliards d’euros d’économies prévues en 2027

Pour 2027, le PLFSS présenté par le Gouvernement vise un déficit ramené à 12,7 milliards d’euros. L’effort représente donc près de 10 milliards d’euros par rapport à 2026.

Le projet prévoit 6,3 milliards d’euros de mesures nouvelles en recettes et près de 9 milliards d’euros d’économies en dépenses. Ces dernières reposent notamment sur 3,9 milliards d’euros d’économies sur l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM), 3 milliards via la désindexation partielle des retraites et 1,6 milliard sur les dépenses de la branche famille.

Pour l’assurance maladie, la cible d’ONDAM est fixée à 278,7 milliards d’euros, en progression de 2 % seulement par rapport à 2026, soit le rythme le plus faible depuis 2017. La construction de cet objectif intègre 5,1 milliards d’euros d’économies et 1,2 milliard de dépenses supplémentaires.

Parmi les économies envisagées figurent 2,1 milliards d’euros sur les produits de santé, notamment par des baisses de prix, des mesures de bon usage et un renforcement des mécanismes de régulation concernant les dispositifs médicaux.

Des économies encore fragiles

La Cour des comptes souligne néanmoins plusieurs incertitudes. Certaines mesures restent à négocier ou à préciser, notamment autour des indemnités journalières ou de l’allocation de rentrée scolaire. D’autres économies, en particulier celles portant sur les produits de santé, ne sont pas encore entièrement sécurisées.

Plus largement, la Cour des comptes relève que, faute de réformes structurelles engagées suffisamment tôt, le PLFSS repose encore largement sur des mesures paramétriques. Certaines peuvent déplacer la charge entre l’Assurance maladie obligatoire, les complémentaires, les employeurs ou les patients sans nécessairement améliorer l’efficience globale du système.

C’est sans doute l’un des enseignements les plus importants du rapport pour les acteurs de santé : la question n’est plus uniquement de réduire la progression des dépenses, mais de déterminer où et comment réaliser des économies sans dégrader la qualité, l’accès ou la pertinence des soins.

La dette sociale, prochain chantier majeur

Au-delà du déficit annuel, la Cour des comptes alerte surtout sur l’accumulation de dette portée par l’Acoss, qui assure la trésorerie du régime général.

À mesure que les déficits se répètent, le besoin de financement augmente et expose davantage la Sécurité sociale aux conditions des marchés financiers et à la remontée des taux d’intérêt. Dans le scénario tendanciel présenté dans le rapport, le plafond d’emprunt de l’Acoss pourrait atteindre 130 milliards d’euros en 2030.

La Cour des comptes préconise donc d’organiser avant la fin de 2027 un nouveau transfert de dette sociale vers la Cades, à condition qu’il soit adossé à une trajectoire crédible et documentée de retour à l’équilibre. L’opération pourrait porter sur un montant de l’ordre de 100 milliards d’euros et conduirait à prolonger la durée d’amortissement de la Cades au-delà de 2033.

Vers un retour à l’équilibre en 2030 ?

Pour la Cour des comptes, la trajectoire peut encore être redressée. Si l’effort prévu en 2027 est effectivement voté puis tenu, un retour à l’équilibre des comptes sociaux à l’horizon 2030 resterait atteignable. Mais il supposerait de prolonger l’effort au-delà d’une seule loi de financement et de documenter des économies plus structurelles, notamment dans le champ de l’assurance maladie.

Pour les dirigeants de santé, cette séquence ouvre une période d’arbitrages particulièrement sensibles. Le débat portera nécessairement sur le niveau des dépenses, mais aussi sur leur composition : quelles prises en charge doivent évoluer ? Où trouver des gains de productivité ? Quelle place donner à la prévention, au numérique, à l’organisation des parcours ou à la pertinence des soins ? Et comment préserver l’innovation dans un environnement budgétaire de plus en plus contraint ?

La Cour des comptes place ainsi 2027 face à un double impératif : restaurer la soutenabilité financière de la Sécurité sociale tout en évitant que le redressement comptable ne se traduise par un affaiblissement de la capacité du système à répondre aux besoins de santé.

Pour consulter le rapport, c'est par ici >

Rémy Teston