Recherche, innovation, numérique : le ministère de la Santé se dote d’une nouvelle direction générale stratégique

Le ministère de la Santé franchit une étape structurante dans la gouvernance de sa transformation. Par un décret du 18 juin 2026, publié au Journal officiel du 20 juin, l’État crée une nouvelle direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé.

Derrière cette évolution administrative se dessine un signal politique fort : recherche, innovation et numérique ne sont plus pensés comme trois chantiers parallèles, mais comme un même levier de transformation du système de santé. Le décret confie à cette nouvelle direction générale une mission large : élaborer, mettre en œuvre et coordonner la politique ministérielle dans ces trois domaines, à la fois pour le secteur sanitaire et pour le secteur médico-social.

Cette création intervient dans un contexte où les décideurs santé font face à une double exigence. D’un côté, accélérer l’accès aux innovations utiles, sécurisées et évaluées. De l’autre, garantir la cohérence nationale des politiques numériques, de recherche appliquée et de transformation organisationnelle. La nouvelle direction générale apparaît ainsi comme une tentative de réponse à une difficulté bien identifiée par les acteurs de terrain : la fragmentation des responsabilités entre plusieurs administrations, agences, opérateurs et programmes.

Cette nouvelle entité doit regrouper la délégation au numérique en santé, la majeure partie des effectifs de l’Agence de l’innovation en santé, la mission dite « article 51 » ainsi que des équipes chargées de la recherche et de l’innovation au sein de différentes directions du ministère. Sa direction devrait revenir à Lise Alter, jusqu’ici directrice générale de l’Agence de l’innovation en santé et ancienne directrice du cabinet de Stéphanie Rist.

Le périmètre fixé par le décret est particulièrement étendu. La nouvelle direction devra assurer une veille prospective pour identifier les évolutions scientifiques, technologiques et organisationnelles susceptibles d’avoir un impact sur le système de santé. Elle participera à la stratégie nationale de santé, contribuera aux plans de santé publique intéressant la recherche appliquée, l’innovation et le numérique, et pilotera les plans nationaux relatifs aux maladies rares et à la médecine génomique.

Elle se voit aussi confier un rôle central dans la stratégie nationale de recherche en santé, en lien avec le ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le décret lui donne compétence pour fixer les priorités de la recherche appliquée en santé, son organisation et son financement, ainsi que pour piloter des appels à projets, le cas échéant avec les ministères chargés de la recherche et de l’industrie. Elle devra également veiller à la qualité et à la sécurité des recherches biomédicales.

L’un des points les plus structurants concerne l’innovation organisationnelle. La nouvelle direction pilotera les expérimentations relevant de l’article L. 162-31-1 du code de la sécurité sociale, plus connues sous le nom d’expérimentations « article 51 », et garantira leur évaluation. Elle suivra également les travaux de généralisation de ces dispositifs, en appui aux autres directions ministérielles concernées. Ce rattachement traduit une volonté de mieux articuler expérimentation, preuve d’impact et passage à l’échelle.

La direction générale aura également la charge, en lien avec la direction générale de la santé et la direction de la sécurité sociale, du pilotage des dispositifs d’accès dérogatoire aux produits et technologies de santé innovants. Cet aspect est essentiel pour les industriels, les établissements, les professionnels et les patients : il touche directement au temps d’accès à l’innovation, à son évaluation et à sa soutenabilité pour le système de santé.

Sur le volet numérique, le décret confère à la nouvelle direction une place majeure. Elle définira et mettra en œuvre la stratégie du numérique dans les champs de la santé, du handicap, de l’autonomie et de l’enfance relevant des ministères concernés. Elle fixera également les règles de sécurité, d’interopérabilité et d’éthique applicables aux services numériques en santé, accompagnera leur mise en conformité et participera au financement d’outils destinés à renforcer la cybersécurité, la résilience et l’amélioration des parcours.

Ce positionnement pourrait avoir des conséquences importantes pour les acteurs du numérique en santé. En réunissant stratégie, référentiels, accompagnement, financement et déploiement, l’État cherche à renforcer la cohérence d’un écosystème souvent marqué par la coexistence de multiples dispositifs, standards, programmes et opérateurs. Pour les établissements, les éditeurs, les start-up, les industriels et les acteurs médico-sociaux, l’enjeu sera de savoir si cette nouvelle architecture administrative permettra réellement de simplifier les circuits de décision et d’accélérer les déploiements utiles.

La gouvernance des données de santé figure également parmi les missions de la nouvelle direction. Le décret prévoit qu’elle pilote cette gouvernance et définisse les règles de mise à disposition des données à des fins d’usage secondaire. Cette responsabilité s’inscrit dans un moment charnière, alors que les usages de la donnée, de l’intelligence artificielle et de la recherche en vie réelle deviennent déterminants pour la recherche, l’évaluation, la santé publique et l’organisation des soins.

Autre élément notable : la direction développera et déploiera des services socles et plateformes numériques publiques essentiels à la stratégie dont elle a la charge, y compris ceux nécessaires à la santé publique et à la gestion des situations sanitaires exceptionnelles. Elle assurera aussi, pour le compte du ministre chargé de la santé et avec le concours des caisses d’assurance maladie, de la CNSA, des agences, des autorités compétentes et des ARS, le service public de l’information en santé.

Le décret lui donne en outre une fonction d’animation de l’écosystème. La direction générale devra assurer la tutelle d’établissements publics et d’organismes intervenant dans les domaines du numérique, de la recherche appliquée et de l’innovation en santé. Elle animera aussi la gouvernance de ces secteurs, y compris au niveau territorial, en associant notamment les représentants des usagers, des professionnels, des établissements et des acteurs économiques et industriels.

Cette dimension territoriale sera l’un des points à observer. Les politiques numériques et d’innovation en santé ne produisent de résultats que lorsqu’elles rencontrent les réalités opérationnelles des établissements, des professionnels de ville, des structures médico-sociales, des agences régionales de santé et des usagers. La réussite de cette direction générale se mesurera donc moins à son organigramme qu’à sa capacité à fluidifier les coopérations, à clarifier les responsabilités et à transformer les expérimentations en usages durables.

Le texte organise aussi une phase transitoire. Jusqu’à l’entrée en vigueur de l’arrêté d’organisation de la nouvelle direction, et au plus tard jusqu’au 1er novembre 2026, les services ou parties de services concernés de la DGOS, du secrétariat général des ministères sociaux et de l’ancienne délégation au numérique en santé sont placés sous l’autorité hiérarchique du directeur général de la nouvelle direction. Durant cette période, ces entités conservent leur organisation administrative actuelle.

Pour les dirigeants de santé, la création de cette direction générale ouvre plusieurs questions concrètes. La première porte sur la simplification : cette nouvelle structure permettra-t-elle de rendre plus lisibles les circuits entre innovation, recherche, numérique, financement et évaluation ? La deuxième concerne l’exécution : l’État parviendra-t-il à réduire l’écart entre les stratégies nationales et les usages réellement adoptés par les professionnels et les organisations ? La troisième touche à la confiance : sécurité, interopérabilité, éthique, gouvernance des données et souveraineté seront-elles traitées comme des conditions de déploiement, et non comme des contraintes ajoutées en bout de chaîne ?

La création de la direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé marque donc davantage qu’un ajustement administratif. Elle acte une conviction désormais centrale : la transformation du système de santé ne pourra réussir que si la recherche, l’innovation, le numérique, la donnée et l’organisation des soins sont pilotés ensemble. Pour les acteurs publics comme privés, l’enjeu sera de faire de cette nouvelle gouvernance non pas une couche supplémentaire, mais un accélérateur de décisions, de preuves et de déploiements au service des patients, des professionnels et des territoires.

Rémy Teston


Recherche, innovation, numérique : le ministère de la Santé se dote d’une nouvelle direction générale stratégique

Recherche, innovation, numérique : le ministère de la Santé se dote d’une nouvelle direction générale stratégique

Le ministère de la Santé franchit une étape structurante dans la gouvernance de sa transformation. Par un décret du 18 juin 2026, publié au Journal officiel du 20 juin, l’État crée une nouvelle direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé.

Derrière cette évolution administrative se dessine un signal politique fort : recherche, innovation et numérique ne sont plus pensés comme trois chantiers parallèles, mais comme un même levier de transformation du système de santé. Le décret confie à cette nouvelle direction générale une mission large : élaborer, mettre en œuvre et coordonner la politique ministérielle dans ces trois domaines, à la fois pour le secteur sanitaire et pour le secteur médico-social.

Cette création intervient dans un contexte où les décideurs santé font face à une double exigence. D’un côté, accélérer l’accès aux innovations utiles, sécurisées et évaluées. De l’autre, garantir la cohérence nationale des politiques numériques, de recherche appliquée et de transformation organisationnelle. La nouvelle direction générale apparaît ainsi comme une tentative de réponse à une difficulté bien identifiée par les acteurs de terrain : la fragmentation des responsabilités entre plusieurs administrations, agences, opérateurs et programmes.

Cette nouvelle entité doit regrouper la délégation au numérique en santé, la majeure partie des effectifs de l’Agence de l’innovation en santé, la mission dite « article 51 » ainsi que des équipes chargées de la recherche et de l’innovation au sein de différentes directions du ministère. Sa direction devrait revenir à Lise Alter, jusqu’ici directrice générale de l’Agence de l’innovation en santé et ancienne directrice du cabinet de Stéphanie Rist.

Le périmètre fixé par le décret est particulièrement étendu. La nouvelle direction devra assurer une veille prospective pour identifier les évolutions scientifiques, technologiques et organisationnelles susceptibles d’avoir un impact sur le système de santé. Elle participera à la stratégie nationale de santé, contribuera aux plans de santé publique intéressant la recherche appliquée, l’innovation et le numérique, et pilotera les plans nationaux relatifs aux maladies rares et à la médecine génomique.

Elle se voit aussi confier un rôle central dans la stratégie nationale de recherche en santé, en lien avec le ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le décret lui donne compétence pour fixer les priorités de la recherche appliquée en santé, son organisation et son financement, ainsi que pour piloter des appels à projets, le cas échéant avec les ministères chargés de la recherche et de l’industrie. Elle devra également veiller à la qualité et à la sécurité des recherches biomédicales.

L’un des points les plus structurants concerne l’innovation organisationnelle. La nouvelle direction pilotera les expérimentations relevant de l’article L. 162-31-1 du code de la sécurité sociale, plus connues sous le nom d’expérimentations « article 51 », et garantira leur évaluation. Elle suivra également les travaux de généralisation de ces dispositifs, en appui aux autres directions ministérielles concernées. Ce rattachement traduit une volonté de mieux articuler expérimentation, preuve d’impact et passage à l’échelle.

La direction générale aura également la charge, en lien avec la direction générale de la santé et la direction de la sécurité sociale, du pilotage des dispositifs d’accès dérogatoire aux produits et technologies de santé innovants. Cet aspect est essentiel pour les industriels, les établissements, les professionnels et les patients : il touche directement au temps d’accès à l’innovation, à son évaluation et à sa soutenabilité pour le système de santé.

Sur le volet numérique, le décret confère à la nouvelle direction une place majeure. Elle définira et mettra en œuvre la stratégie du numérique dans les champs de la santé, du handicap, de l’autonomie et de l’enfance relevant des ministères concernés. Elle fixera également les règles de sécurité, d’interopérabilité et d’éthique applicables aux services numériques en santé, accompagnera leur mise en conformité et participera au financement d’outils destinés à renforcer la cybersécurité, la résilience et l’amélioration des parcours.

Ce positionnement pourrait avoir des conséquences importantes pour les acteurs du numérique en santé. En réunissant stratégie, référentiels, accompagnement, financement et déploiement, l’État cherche à renforcer la cohérence d’un écosystème souvent marqué par la coexistence de multiples dispositifs, standards, programmes et opérateurs. Pour les établissements, les éditeurs, les start-up, les industriels et les acteurs médico-sociaux, l’enjeu sera de savoir si cette nouvelle architecture administrative permettra réellement de simplifier les circuits de décision et d’accélérer les déploiements utiles.

La gouvernance des données de santé figure également parmi les missions de la nouvelle direction. Le décret prévoit qu’elle pilote cette gouvernance et définisse les règles de mise à disposition des données à des fins d’usage secondaire. Cette responsabilité s’inscrit dans un moment charnière, alors que les usages de la donnée, de l’intelligence artificielle et de la recherche en vie réelle deviennent déterminants pour la recherche, l’évaluation, la santé publique et l’organisation des soins.

Autre élément notable : la direction développera et déploiera des services socles et plateformes numériques publiques essentiels à la stratégie dont elle a la charge, y compris ceux nécessaires à la santé publique et à la gestion des situations sanitaires exceptionnelles. Elle assurera aussi, pour le compte du ministre chargé de la santé et avec le concours des caisses d’assurance maladie, de la CNSA, des agences, des autorités compétentes et des ARS, le service public de l’information en santé.

Le décret lui donne en outre une fonction d’animation de l’écosystème. La direction générale devra assurer la tutelle d’établissements publics et d’organismes intervenant dans les domaines du numérique, de la recherche appliquée et de l’innovation en santé. Elle animera aussi la gouvernance de ces secteurs, y compris au niveau territorial, en associant notamment les représentants des usagers, des professionnels, des établissements et des acteurs économiques et industriels.

Cette dimension territoriale sera l’un des points à observer. Les politiques numériques et d’innovation en santé ne produisent de résultats que lorsqu’elles rencontrent les réalités opérationnelles des établissements, des professionnels de ville, des structures médico-sociales, des agences régionales de santé et des usagers. La réussite de cette direction générale se mesurera donc moins à son organigramme qu’à sa capacité à fluidifier les coopérations, à clarifier les responsabilités et à transformer les expérimentations en usages durables.

Le texte organise aussi une phase transitoire. Jusqu’à l’entrée en vigueur de l’arrêté d’organisation de la nouvelle direction, et au plus tard jusqu’au 1er novembre 2026, les services ou parties de services concernés de la DGOS, du secrétariat général des ministères sociaux et de l’ancienne délégation au numérique en santé sont placés sous l’autorité hiérarchique du directeur général de la nouvelle direction. Durant cette période, ces entités conservent leur organisation administrative actuelle.

Pour les dirigeants de santé, la création de cette direction générale ouvre plusieurs questions concrètes. La première porte sur la simplification : cette nouvelle structure permettra-t-elle de rendre plus lisibles les circuits entre innovation, recherche, numérique, financement et évaluation ? La deuxième concerne l’exécution : l’État parviendra-t-il à réduire l’écart entre les stratégies nationales et les usages réellement adoptés par les professionnels et les organisations ? La troisième touche à la confiance : sécurité, interopérabilité, éthique, gouvernance des données et souveraineté seront-elles traitées comme des conditions de déploiement, et non comme des contraintes ajoutées en bout de chaîne ?

La création de la direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé marque donc davantage qu’un ajustement administratif. Elle acte une conviction désormais centrale : la transformation du système de santé ne pourra réussir que si la recherche, l’innovation, le numérique, la donnée et l’organisation des soins sont pilotés ensemble. Pour les acteurs publics comme privés, l’enjeu sera de faire de cette nouvelle gouvernance non pas une couche supplémentaire, mais un accélérateur de décisions, de preuves et de déploiements au service des patients, des professionnels et des territoires.

Rémy Teston


Recherche, innovation, numérique : le ministère de la Santé se dote d’une nouvelle direction générale stratégique

Recherche, innovation, numérique : le ministère de la Santé se dote d’une nouvelle direction générale stratégique

Le ministère de la Santé franchit une étape structurante dans la gouvernance de sa transformation. Par un décret du 18 juin 2026, publié au Journal officiel du 20 juin, l’État crée une nouvelle direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé.

Derrière cette évolution administrative se dessine un signal politique fort : recherche, innovation et numérique ne sont plus pensés comme trois chantiers parallèles, mais comme un même levier de transformation du système de santé. Le décret confie à cette nouvelle direction générale une mission large : élaborer, mettre en œuvre et coordonner la politique ministérielle dans ces trois domaines, à la fois pour le secteur sanitaire et pour le secteur médico-social.

Cette création intervient dans un contexte où les décideurs santé font face à une double exigence. D’un côté, accélérer l’accès aux innovations utiles, sécurisées et évaluées. De l’autre, garantir la cohérence nationale des politiques numériques, de recherche appliquée et de transformation organisationnelle. La nouvelle direction générale apparaît ainsi comme une tentative de réponse à une difficulté bien identifiée par les acteurs de terrain : la fragmentation des responsabilités entre plusieurs administrations, agences, opérateurs et programmes.

Cette nouvelle entité doit regrouper la délégation au numérique en santé, la majeure partie des effectifs de l’Agence de l’innovation en santé, la mission dite « article 51 » ainsi que des équipes chargées de la recherche et de l’innovation au sein de différentes directions du ministère. Sa direction devrait revenir à Lise Alter, jusqu’ici directrice générale de l’Agence de l’innovation en santé et ancienne directrice du cabinet de Stéphanie Rist.

Le périmètre fixé par le décret est particulièrement étendu. La nouvelle direction devra assurer une veille prospective pour identifier les évolutions scientifiques, technologiques et organisationnelles susceptibles d’avoir un impact sur le système de santé. Elle participera à la stratégie nationale de santé, contribuera aux plans de santé publique intéressant la recherche appliquée, l’innovation et le numérique, et pilotera les plans nationaux relatifs aux maladies rares et à la médecine génomique.

Elle se voit aussi confier un rôle central dans la stratégie nationale de recherche en santé, en lien avec le ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le décret lui donne compétence pour fixer les priorités de la recherche appliquée en santé, son organisation et son financement, ainsi que pour piloter des appels à projets, le cas échéant avec les ministères chargés de la recherche et de l’industrie. Elle devra également veiller à la qualité et à la sécurité des recherches biomédicales.

L’un des points les plus structurants concerne l’innovation organisationnelle. La nouvelle direction pilotera les expérimentations relevant de l’article L. 162-31-1 du code de la sécurité sociale, plus connues sous le nom d’expérimentations « article 51 », et garantira leur évaluation. Elle suivra également les travaux de généralisation de ces dispositifs, en appui aux autres directions ministérielles concernées. Ce rattachement traduit une volonté de mieux articuler expérimentation, preuve d’impact et passage à l’échelle.

La direction générale aura également la charge, en lien avec la direction générale de la santé et la direction de la sécurité sociale, du pilotage des dispositifs d’accès dérogatoire aux produits et technologies de santé innovants. Cet aspect est essentiel pour les industriels, les établissements, les professionnels et les patients : il touche directement au temps d’accès à l’innovation, à son évaluation et à sa soutenabilité pour le système de santé.

Sur le volet numérique, le décret confère à la nouvelle direction une place majeure. Elle définira et mettra en œuvre la stratégie du numérique dans les champs de la santé, du handicap, de l’autonomie et de l’enfance relevant des ministères concernés. Elle fixera également les règles de sécurité, d’interopérabilité et d’éthique applicables aux services numériques en santé, accompagnera leur mise en conformité et participera au financement d’outils destinés à renforcer la cybersécurité, la résilience et l’amélioration des parcours.

Ce positionnement pourrait avoir des conséquences importantes pour les acteurs du numérique en santé. En réunissant stratégie, référentiels, accompagnement, financement et déploiement, l’État cherche à renforcer la cohérence d’un écosystème souvent marqué par la coexistence de multiples dispositifs, standards, programmes et opérateurs. Pour les établissements, les éditeurs, les start-up, les industriels et les acteurs médico-sociaux, l’enjeu sera de savoir si cette nouvelle architecture administrative permettra réellement de simplifier les circuits de décision et d’accélérer les déploiements utiles.

La gouvernance des données de santé figure également parmi les missions de la nouvelle direction. Le décret prévoit qu’elle pilote cette gouvernance et définisse les règles de mise à disposition des données à des fins d’usage secondaire. Cette responsabilité s’inscrit dans un moment charnière, alors que les usages de la donnée, de l’intelligence artificielle et de la recherche en vie réelle deviennent déterminants pour la recherche, l’évaluation, la santé publique et l’organisation des soins.

Autre élément notable : la direction développera et déploiera des services socles et plateformes numériques publiques essentiels à la stratégie dont elle a la charge, y compris ceux nécessaires à la santé publique et à la gestion des situations sanitaires exceptionnelles. Elle assurera aussi, pour le compte du ministre chargé de la santé et avec le concours des caisses d’assurance maladie, de la CNSA, des agences, des autorités compétentes et des ARS, le service public de l’information en santé.

Le décret lui donne en outre une fonction d’animation de l’écosystème. La direction générale devra assurer la tutelle d’établissements publics et d’organismes intervenant dans les domaines du numérique, de la recherche appliquée et de l’innovation en santé. Elle animera aussi la gouvernance de ces secteurs, y compris au niveau territorial, en associant notamment les représentants des usagers, des professionnels, des établissements et des acteurs économiques et industriels.

Cette dimension territoriale sera l’un des points à observer. Les politiques numériques et d’innovation en santé ne produisent de résultats que lorsqu’elles rencontrent les réalités opérationnelles des établissements, des professionnels de ville, des structures médico-sociales, des agences régionales de santé et des usagers. La réussite de cette direction générale se mesurera donc moins à son organigramme qu’à sa capacité à fluidifier les coopérations, à clarifier les responsabilités et à transformer les expérimentations en usages durables.

Le texte organise aussi une phase transitoire. Jusqu’à l’entrée en vigueur de l’arrêté d’organisation de la nouvelle direction, et au plus tard jusqu’au 1er novembre 2026, les services ou parties de services concernés de la DGOS, du secrétariat général des ministères sociaux et de l’ancienne délégation au numérique en santé sont placés sous l’autorité hiérarchique du directeur général de la nouvelle direction. Durant cette période, ces entités conservent leur organisation administrative actuelle.

Pour les dirigeants de santé, la création de cette direction générale ouvre plusieurs questions concrètes. La première porte sur la simplification : cette nouvelle structure permettra-t-elle de rendre plus lisibles les circuits entre innovation, recherche, numérique, financement et évaluation ? La deuxième concerne l’exécution : l’État parviendra-t-il à réduire l’écart entre les stratégies nationales et les usages réellement adoptés par les professionnels et les organisations ? La troisième touche à la confiance : sécurité, interopérabilité, éthique, gouvernance des données et souveraineté seront-elles traitées comme des conditions de déploiement, et non comme des contraintes ajoutées en bout de chaîne ?

La création de la direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé marque donc davantage qu’un ajustement administratif. Elle acte une conviction désormais centrale : la transformation du système de santé ne pourra réussir que si la recherche, l’innovation, le numérique, la donnée et l’organisation des soins sont pilotés ensemble. Pour les acteurs publics comme privés, l’enjeu sera de faire de cette nouvelle gouvernance non pas une couche supplémentaire, mais un accélérateur de décisions, de preuves et de déploiements au service des patients, des professionnels et des territoires.

Rémy Teston