Attractivité pharmaceutique : la France tient son rang, mais perd du terrain face à ses concurrents

La France reste un grand pays pharmaceutique. Mais elle n’est plus seule à vouloir l’être. C’est, en substance, le message central du Baromètre 360° de l’attractivité de la France pour l’industrie pharmaceutique, édition 2026, réalisé par PwC Strategy& pour le Leem. Décryptage.

Ce baromètre, publié en juin 2026, agrège environ 80 indicateurs issus de plus de 70 sources de référence, entre données publiques, bases spécialisées, études du Leem et enquête menée auprès de 48 entreprises du médicament représentant 65 % du marché pharmaceutique français.

Cette édition 2026 propose une lecture nuancée. La France se maintient en valeur absolue sur plusieurs fondamentaux : taille du marché, emploi, excellence scientifique, investissements productifs, dispositifs de soutien à la R&D, lutte contre les ruptures. Mais elle décroche relativement face à une concurrence internationale qui accélère, notamment sur l’accès au marché, la recherche clinique, la fiscalité, les prix et l’innovation. Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir si la France reste attractive. Elle l’est encore. La question est de savoir si elle le reste assez vite, assez fort et assez lisiblement pour continuer à peser dans les arbitrages mondiaux des laboratoires.

Premier point de force : la France demeure le deuxième plus gros marché pharmaceutique en Europe, derrière l’Allemagne. Selon les données présentées dans le baromètre, les dépenses pharmaceutiques en ville atteignent 38 milliards d’euros en France, contre 62 milliards d’euros en Allemagne, 27 milliards d’euros au Royaume-Uni et 23 milliards d’euros en Espagne.

Ce poids de marché reste un atout majeur. Il traduit la profondeur du système de santé français, la structuration de la prise en charge et l’importance de la demande. Pour les industriels, la France demeure donc un pays clé dans une stratégie européenne. Mais ce poids ne suffit plus à garantir un avantage compétitif, surtout lorsque d’autres pays conjuguent taille, rapidité d’accès, lisibilité réglementaire et fiscalité plus favorable.

L’emploi constitue un autre pilier. La France est également le deuxième employeur pharmaceutique européen, avec 109 008 personnes employées en 2024 dans l’industrie pharmaceutique, dont 91 % en CDI ou CDD et 9 % en alternance. Là encore, l’indicateur confirme l’ancrage territorial et économique du secteur. La filière reste pourvoyeuse d’emplois qualifiés, distribués dans les territoires et associés à des compétences industrielles, scientifiques, réglementaires et commerciales à haute valeur ajoutée.

La R&D reste un atout français, mais l’avance se fragilise

Le baromètre confirme la qualité de l’écosystème français de recherche. La France dispose d’environ 200 établissements de santé impliqués dans l’environnement R&D, avec une répartition territoriale significative : 37 en Île-de-France, 40 dans le Sud-Ouest et les Outre-mer, 34 dans le Grand Ouest, 27 en Auvergne-Rhône-Alpes, 27 dans le Nord-Ouest, 25 dans le Grand Est et 19 en Méditerranée.

Cette structuration est renforcée par des dispositifs fiscaux incitatifs. Le baromètre place la France parmi les pays européens les plus attractifs pour les investissements de R&D, notamment grâce au crédit d’impôt recherche, avec un niveau d’incitation estimé à 36 %, soit un niveau comparable à celui de la Pologne, devant les Pays-Bas, l’Espagne, l’Irlande, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie. Les essais cliniques contribueraient par ailleurs à l’économie française à hauteur de 6,2 milliards d’euros en 2025, selon les données EFPIA reprises dans le baromètre.

Mais cette solidité masque une perte relative de position. Sur les essais cliniques multinationaux, la France passe de la 2e à la 4e place européenne. En 2025, 49 % des essais cliniques multinationaux menés en Europe incluent des patients en France, contre 64 % en Espagne, 53 % en Allemagne, 53 % au Royaume-Uni et 48 % en Italie. La France recule de 7 points entre 2022 et 2025, une baisse plus marquée que celle observée dans plusieurs pays comparables.

Ce signal est stratégique. La recherche clinique n’est pas seulement un indicateur scientifique. Elle conditionne l’accès précoce des patients à l’innovation, la visibilité des centres investigateurs, l’attractivité des talents, l’activité des établissements et la place de la France dans les stratégies globales des industriels. Une baisse relative sur ce terrain peut avoir des effets de long terme sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Accès aux médicaments : stabilité française, avance allemande

Le chiffre le plus commenté du baromètre concerne l’accès aux nouveaux médicaments. En France, 60 % des nouveaux médicaments autorisés au niveau européen sont accessibles et remboursables, accès dérogatoire inclus. Ce taux est stable par rapport à l’année précédente et reste supérieur à la moyenne européenne, indiquée à 46 %.

Mais la comparaison avec les grands voisins européens révèle l’écart. Pour les médicaments ayant obtenu une AMM européenne entre 2021 et 2024, le taux d’accès atteint 93 % en Allemagne, 79 % en Italie, 65 % en Espagne, 60 % en France et 53 % en Angleterre. La France recule ainsi dans le classement européen, passant du 7e au 8e rang.

Les délais d’accès prolongent ce constat. Pour les médicaments passant par le droit commun, le délai médian d’accès en France atteint 520 jours, avec une moyenne de 633 jours pour les médicaments ayant obtenu une AMM entre 2021 et 2024. En Allemagne, le délai médian est de 56 jours. L’Espagne est à 479 jours, l’Italie à 556 jours, l’Angleterre à 391 jours.

La France dispose pourtant d’un outil important avec l’accès précoce. Pour les produits concernés, le délai médian est très réduit, à 50 jours en 2025. Mais le baromètre pointe une évolution préoccupante : parmi les indications reconnues comme innovantes par la HAS, avec une ASMR I à IV, la part des demandes d’accès précoce diminue. En 2025, pour la première fois depuis la création du dispositif, plus de la moitié des nouveaux médicaments innovants n’ont pas fait l’objet d’une demande d’accès précoce.

Ce point mérite une attention particulière des décideurs. Il ne suffit pas de disposer d’un dispositif d’accès accéléré. Encore faut-il que ses conditions, ses incitations et sa prévisibilité conduisent effectivement les industriels à y recourir. L’enjeu porte donc autant sur l’existence des mécanismes que sur leur attractivité réelle.

Ruptures de stock : une amélioration notable

Le baromètre relève une amélioration sur le front des ruptures et risques de ruptures de médicaments. Les déclarations de ruptures et de risques de rupture baissent de 34 % en 2025. Les déclarations de ruptures de stock retrouvent un niveau comparable à celui de 2017.

Cette évolution positive intervient après plusieurs années de forte tension. Le baromètre rappelle que le dispositif d’alerte anticipée sur la plateforme Trustmed est devenu obligatoire depuis 2021. La baisse observée ne signifie pas que le sujet est résolu, mais elle suggère que les mécanismes de pilotage, de signalement et d’anticipation commencent à produire des effets.

Pour les pouvoirs publics comme pour les industriels, les ruptures restent un marqueur de souveraineté sanitaire et de confiance. Elles touchent directement les patients, les pharmaciens, les médecins, les établissements et les autorités. Dans un contexte de dépendance internationale sur certaines productions, la baisse de 2025 constitue une amélioration réelle, mais fragile.

Les investissements en production pharmaceutique en France se maintiennent à un niveau stable. Le baromètre les estime à 2,908 milliards d’euros en 2025, après 2,849 milliards d’euros en 2024, soit une progression de 2 %.

La stabilité des investissements témoigne d’un ancrage industriel. Mais un autre indicateur tempère fortement cette lecture : seulement 10 % des nouvelles AMM approuvées entre 2021 et 2025 disposent d’un site de fabrication en France.

C’est l’un des enseignements les plus structurants du baromètre. La France peut conserver des capacités industrielles significatives tout en restant insuffisamment positionnée sur la production des nouvelles générations de médicaments. Or la souveraineté ne se mesure pas uniquement au volume d’usines ou d’emplois, mais aussi à la capacité à attirer les productions stratégiques de demain : biomédicaments, thérapies innovantes, vaccins, produits critiques, plateformes technologiques complexes.

Fiscalité : le point de tension majeur

Le baromètre souligne une pression fiscale particulièrement forte sur le secteur pharmaceutique en France. Le taux de prélèvements obligatoires est estimé à 60 % du résultat d’exploitation pour le profil étudié, niveau inchangé entre 2023 et 2026. Mais ce taux reste le plus élevé parmi les pays européens comparés.

La comparaison est marquante : 14 % en Suisse, 23 % en Irlande, 28 % en Espagne, 36 % en Allemagne, 37 % en Italie, 38 % au Royaume-Uni, contre 60 % en France. L’écart avec le Royaume-Uni se creuse : il atteint 22 points en 2025, contre 9 points en 2023, notamment en raison de la baisse du taux du dispositif britannique VPAG.

Le baromètre insiste également sur la montée de la clause de sauvegarde. Son montant passe de 72 millions d’euros en 2019 à un prévisionnel de 1,8 milliard d’euros en 2025. Des évolutions sont prévues en 2026, avec la pérennisation des montants associés à la clause actuelle et l’introduction d’une contribution supplémentaire.

Pour les dirigeants, cet indicateur est central. Une fiscalité sectorielle élevée ne produit pas seulement un effet comptable. Elle influence les arbitrages d’investissement, les choix de lancement, la localisation des activités, la perception du marché et la capacité des filiales françaises à défendre leurs dossiers auprès de leurs maisons mères.

Prix : la France s’éloigne de la moyenne européenne

Autre sujet de tension : les prix faciaux. Le baromètre montre que les prix faciaux des médicaments en France creusent l’écart avec la moyenne européenne. L’analyse distingue les médicaments sans concurrence générique et ceux avec concurrence générique, en excluant les remises confidentielles.

La pression s’observe aussi dans les baisses de prix. En 2025, la baisse annuelle des prix des médicaments atteint un niveau historique de 1,35 milliard d’euros. Ce niveau résulte de l’objectif d’économies d’1 milliard d’euros inscrit dans la LFSS 2025, complété par un plan d’alerte exceptionnel de 350 millions d’euros face au risque de dépassement des dépenses. Pour 2026, le montant prévisionnel est estimé à 1,4 milliard d’euros.

Là encore, le sujet n’est pas seulement budgétaire. Il porte sur l’équilibre entre maîtrise des dépenses, reconnaissance de la valeur thérapeutique, attractivité du marché et capacité à financer l’innovation. Dans un environnement international où les politiques de prix deviennent plus interdépendantes, la perception d’un marché fortement régulé peut peser sur les stratégies de lancement.

Sur l’innovation, le baromètre relève un recul de la France dans le classement des dépôts de brevets pharmaceutiques en Europe. La France descend au 5e rang mondial et se trouve dépassée en 2025 par la Suisse et la Chine. Le nombre de brevets pharmaceutiques déposés en Europe depuis la France atteint 445 en 2025, contre 2 772 pour les États-Unis, 573 pour l’Allemagne, 568 pour la Suisse, 463 pour la Chine, 385 pour le Japon et 266 pour le Royaume-Uni.

La trajectoire chinoise est particulièrement notable, avec un taux de croissance annuel moyen de 14,5 % entre 2019 et 2025, quand la France affiche une dynamique négative sur la période. Ce point illustre le déplacement progressif des centres de gravité de l’innovation pharmaceutique. Les États-Unis dominent toujours largement, mais la concurrence s’élargit et s’intensifie.

Pour la France, l’enjeu est double : soutenir la recherche amont et mieux convertir cette recherche en innovations brevetées, développées, industrialisées et accessibles. L’excellence académique est nécessaire, mais elle ne suffit pas si la chaîne de transformation industrielle et commerciale ne suit pas.

Le contexte international ajoute une pression nouvelle

Le baromètre intègre également les effets potentiels des politiques américaines dites de Most Favoured Nation. Selon l’enquête menée auprès des adhérents du Leem, 64 % des entreprises interrogées anticipent un impact négatif de cette politique sur le lancement de nouveaux produits en France au cours des trois prochaines années.

Cet indicateur montre à quel point les stratégies nationales de prix sont désormais observées dans un cadre mondial. Les décisions prises dans un grand marché peuvent avoir des répercussions sur d’autres pays, en particulier lorsque les prix internationaux servent de référence. Pour la France, déjà perçue comme un marché exigeant en matière de prix et de fiscalité, le risque est de devenir moins prioritaire dans les séquences de lancement international.

Transition écologique : une nouvelle charge à anticiper

Le baromètre consacre également un volet à l’impact de la directive européenne révisée sur les eaux résiduaires urbaines. La nouvelle version, entrée en vigueur en décembre 2024, vise à renforcer la protection des milieux aquatiques face aux micropolluants rejetés. Les États membres doivent transposer le texte au 1er juillet 2027, pour un démarrage effectif au 31 décembre 2027.

Selon l’étude citée, la directive pourrait représenter une charge supplémentaire de 7 à 9 milliards d’euros pour les secteurs pharmaceutique et cosmétique en France entre 2028 et 2045, selon les technologies retenues. Les coûts moyens annuels sont estimés entre 374 millions d’euros et 506 millions d’euros selon les options techniques.

Le sujet illustre l’émergence d’une nouvelle équation industrielle. Les entreprises du médicament doivent concilier innovation, production, souveraineté, accès au marché, soutenabilité économique et exigences environnementales croissantes. La transition écologique devient un déterminant de compétitivité, mais aussi un facteur de coûts et d’arbitrage.

Réputation : un actif à ne pas négliger

Le baromètre souligne enfin un élément plus qualitatif : l’industrie pharmaceutique est perçue par les Français comme le 4e secteur stratégique pour la souveraineté, et la confiance du public serait revenue à son niveau pré-Covid.

Cette donnée est importante. Dans un secteur souvent exposé aux critiques sur les prix, les marges ou les ruptures, la reconnaissance du rôle stratégique de l’industrie pharmaceutique constitue un levier politique et sociétal. Elle peut soutenir une approche plus partenariale entre pouvoirs publics, industriels, professionnels de santé et patients, à condition d’être nourrie par des engagements tangibles : accès, transparence, production, innovation, sécurité d’approvisionnement et responsabilité environnementale.

———————————————————————

A retenir

Le Baromètre 360° 2026 livre un diagnostic en tension. La France conserve des atouts puissants : elle reste le deuxième marché pharmaceutique européen, le deuxième employeur du secteur, un pays de R&D reconnu, doté d’infrastructures solides, de dispositifs fiscaux incitatifs pour la recherche et d’un tissu industriel encore significatif. Les ruptures de stock reculent, les investissements productifs se maintiennent et l’accès aux nouveaux médicaments reste stable.

Mais cette stabilité devient insuffisante dans un environnement où les concurrents avancent plus vite. La France recule dans les essais cliniques multinationaux, descend au cinquième rang mondial pour les brevets pharmaceutiques déposés en Europe, reste à 60 % d’accès aux nouveaux médicaments quand l’Allemagne atteint 93 %, affiche des délais d’accès très longs par rapport à ses voisins et conserve le taux de prélèvement sectoriel le plus élevé parmi les pays comparés.

La leçon du baromètre est donc claire : l’attractivité ne se décrète pas, elle se mesure dans les arbitrages concrets des industriels. Où lancer un produit ? Où investir ? Où produire ? Où conduire un essai clinique ? Où localiser les compétences ? Où déposer les brevets ? Où construire les capacités de demain ?

Pour les décideurs publics comme privés, l’enjeu est désormais de transformer les atouts français en avantage compétitif durable. Cela suppose de travailler simultanément sur la rapidité d’accès, la lisibilité économique, la compétitivité fiscale, la recherche clinique, la production stratégique, la donnée, l’innovation et la confiance.

La France reste dans la course. Mais le baromètre 2026 rappelle qu’elle ne peut plus se contenter de tenir son rang. Elle doit à nouveau créer de l’avance.

Pour consulter le baromètre cliquez ici >

Rémy Teston


Attractivité pharmaceutique : la France tient son rang, mais perd du terrain face à ses concurrents

Attractivité pharmaceutique : la France tient son rang, mais perd du terrain face à ses concurrents

La France reste un grand pays pharmaceutique. Mais elle n’est plus seule à vouloir l’être. C’est, en substance, le message central du Baromètre 360° de l’attractivité de la France pour l’industrie pharmaceutique, édition 2026, réalisé par PwC Strategy& pour le Leem. Décryptage.

Ce baromètre, publié en juin 2026, agrège environ 80 indicateurs issus de plus de 70 sources de référence, entre données publiques, bases spécialisées, études du Leem et enquête menée auprès de 48 entreprises du médicament représentant 65 % du marché pharmaceutique français.

Cette édition 2026 propose une lecture nuancée. La France se maintient en valeur absolue sur plusieurs fondamentaux : taille du marché, emploi, excellence scientifique, investissements productifs, dispositifs de soutien à la R&D, lutte contre les ruptures. Mais elle décroche relativement face à une concurrence internationale qui accélère, notamment sur l’accès au marché, la recherche clinique, la fiscalité, les prix et l’innovation. Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir si la France reste attractive. Elle l’est encore. La question est de savoir si elle le reste assez vite, assez fort et assez lisiblement pour continuer à peser dans les arbitrages mondiaux des laboratoires.

Premier point de force : la France demeure le deuxième plus gros marché pharmaceutique en Europe, derrière l’Allemagne. Selon les données présentées dans le baromètre, les dépenses pharmaceutiques en ville atteignent 38 milliards d’euros en France, contre 62 milliards d’euros en Allemagne, 27 milliards d’euros au Royaume-Uni et 23 milliards d’euros en Espagne.

Ce poids de marché reste un atout majeur. Il traduit la profondeur du système de santé français, la structuration de la prise en charge et l’importance de la demande. Pour les industriels, la France demeure donc un pays clé dans une stratégie européenne. Mais ce poids ne suffit plus à garantir un avantage compétitif, surtout lorsque d’autres pays conjuguent taille, rapidité d’accès, lisibilité réglementaire et fiscalité plus favorable.

L’emploi constitue un autre pilier. La France est également le deuxième employeur pharmaceutique européen, avec 109 008 personnes employées en 2024 dans l’industrie pharmaceutique, dont 91 % en CDI ou CDD et 9 % en alternance. Là encore, l’indicateur confirme l’ancrage territorial et économique du secteur. La filière reste pourvoyeuse d’emplois qualifiés, distribués dans les territoires et associés à des compétences industrielles, scientifiques, réglementaires et commerciales à haute valeur ajoutée.

La R&D reste un atout français, mais l’avance se fragilise

Le baromètre confirme la qualité de l’écosystème français de recherche. La France dispose d’environ 200 établissements de santé impliqués dans l’environnement R&D, avec une répartition territoriale significative : 37 en Île-de-France, 40 dans le Sud-Ouest et les Outre-mer, 34 dans le Grand Ouest, 27 en Auvergne-Rhône-Alpes, 27 dans le Nord-Ouest, 25 dans le Grand Est et 19 en Méditerranée.

Cette structuration est renforcée par des dispositifs fiscaux incitatifs. Le baromètre place la France parmi les pays européens les plus attractifs pour les investissements de R&D, notamment grâce au crédit d’impôt recherche, avec un niveau d’incitation estimé à 36 %, soit un niveau comparable à celui de la Pologne, devant les Pays-Bas, l’Espagne, l’Irlande, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie. Les essais cliniques contribueraient par ailleurs à l’économie française à hauteur de 6,2 milliards d’euros en 2025, selon les données EFPIA reprises dans le baromètre.

Mais cette solidité masque une perte relative de position. Sur les essais cliniques multinationaux, la France passe de la 2e à la 4e place européenne. En 2025, 49 % des essais cliniques multinationaux menés en Europe incluent des patients en France, contre 64 % en Espagne, 53 % en Allemagne, 53 % au Royaume-Uni et 48 % en Italie. La France recule de 7 points entre 2022 et 2025, une baisse plus marquée que celle observée dans plusieurs pays comparables.

Ce signal est stratégique. La recherche clinique n’est pas seulement un indicateur scientifique. Elle conditionne l’accès précoce des patients à l’innovation, la visibilité des centres investigateurs, l’attractivité des talents, l’activité des établissements et la place de la France dans les stratégies globales des industriels. Une baisse relative sur ce terrain peut avoir des effets de long terme sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Accès aux médicaments : stabilité française, avance allemande

Le chiffre le plus commenté du baromètre concerne l’accès aux nouveaux médicaments. En France, 60 % des nouveaux médicaments autorisés au niveau européen sont accessibles et remboursables, accès dérogatoire inclus. Ce taux est stable par rapport à l’année précédente et reste supérieur à la moyenne européenne, indiquée à 46 %.

Mais la comparaison avec les grands voisins européens révèle l’écart. Pour les médicaments ayant obtenu une AMM européenne entre 2021 et 2024, le taux d’accès atteint 93 % en Allemagne, 79 % en Italie, 65 % en Espagne, 60 % en France et 53 % en Angleterre. La France recule ainsi dans le classement européen, passant du 7e au 8e rang.

Les délais d’accès prolongent ce constat. Pour les médicaments passant par le droit commun, le délai médian d’accès en France atteint 520 jours, avec une moyenne de 633 jours pour les médicaments ayant obtenu une AMM entre 2021 et 2024. En Allemagne, le délai médian est de 56 jours. L’Espagne est à 479 jours, l’Italie à 556 jours, l’Angleterre à 391 jours.

La France dispose pourtant d’un outil important avec l’accès précoce. Pour les produits concernés, le délai médian est très réduit, à 50 jours en 2025. Mais le baromètre pointe une évolution préoccupante : parmi les indications reconnues comme innovantes par la HAS, avec une ASMR I à IV, la part des demandes d’accès précoce diminue. En 2025, pour la première fois depuis la création du dispositif, plus de la moitié des nouveaux médicaments innovants n’ont pas fait l’objet d’une demande d’accès précoce.

Ce point mérite une attention particulière des décideurs. Il ne suffit pas de disposer d’un dispositif d’accès accéléré. Encore faut-il que ses conditions, ses incitations et sa prévisibilité conduisent effectivement les industriels à y recourir. L’enjeu porte donc autant sur l’existence des mécanismes que sur leur attractivité réelle.

Ruptures de stock : une amélioration notable

Le baromètre relève une amélioration sur le front des ruptures et risques de ruptures de médicaments. Les déclarations de ruptures et de risques de rupture baissent de 34 % en 2025. Les déclarations de ruptures de stock retrouvent un niveau comparable à celui de 2017.

Cette évolution positive intervient après plusieurs années de forte tension. Le baromètre rappelle que le dispositif d’alerte anticipée sur la plateforme Trustmed est devenu obligatoire depuis 2021. La baisse observée ne signifie pas que le sujet est résolu, mais elle suggère que les mécanismes de pilotage, de signalement et d’anticipation commencent à produire des effets.

Pour les pouvoirs publics comme pour les industriels, les ruptures restent un marqueur de souveraineté sanitaire et de confiance. Elles touchent directement les patients, les pharmaciens, les médecins, les établissements et les autorités. Dans un contexte de dépendance internationale sur certaines productions, la baisse de 2025 constitue une amélioration réelle, mais fragile.

Les investissements en production pharmaceutique en France se maintiennent à un niveau stable. Le baromètre les estime à 2,908 milliards d’euros en 2025, après 2,849 milliards d’euros en 2024, soit une progression de 2 %.

La stabilité des investissements témoigne d’un ancrage industriel. Mais un autre indicateur tempère fortement cette lecture : seulement 10 % des nouvelles AMM approuvées entre 2021 et 2025 disposent d’un site de fabrication en France.

C’est l’un des enseignements les plus structurants du baromètre. La France peut conserver des capacités industrielles significatives tout en restant insuffisamment positionnée sur la production des nouvelles générations de médicaments. Or la souveraineté ne se mesure pas uniquement au volume d’usines ou d’emplois, mais aussi à la capacité à attirer les productions stratégiques de demain : biomédicaments, thérapies innovantes, vaccins, produits critiques, plateformes technologiques complexes.

Fiscalité : le point de tension majeur

Le baromètre souligne une pression fiscale particulièrement forte sur le secteur pharmaceutique en France. Le taux de prélèvements obligatoires est estimé à 60 % du résultat d’exploitation pour le profil étudié, niveau inchangé entre 2023 et 2026. Mais ce taux reste le plus élevé parmi les pays européens comparés.

La comparaison est marquante : 14 % en Suisse, 23 % en Irlande, 28 % en Espagne, 36 % en Allemagne, 37 % en Italie, 38 % au Royaume-Uni, contre 60 % en France. L’écart avec le Royaume-Uni se creuse : il atteint 22 points en 2025, contre 9 points en 2023, notamment en raison de la baisse du taux du dispositif britannique VPAG.

Le baromètre insiste également sur la montée de la clause de sauvegarde. Son montant passe de 72 millions d’euros en 2019 à un prévisionnel de 1,8 milliard d’euros en 2025. Des évolutions sont prévues en 2026, avec la pérennisation des montants associés à la clause actuelle et l’introduction d’une contribution supplémentaire.

Pour les dirigeants, cet indicateur est central. Une fiscalité sectorielle élevée ne produit pas seulement un effet comptable. Elle influence les arbitrages d’investissement, les choix de lancement, la localisation des activités, la perception du marché et la capacité des filiales françaises à défendre leurs dossiers auprès de leurs maisons mères.

Prix : la France s’éloigne de la moyenne européenne

Autre sujet de tension : les prix faciaux. Le baromètre montre que les prix faciaux des médicaments en France creusent l’écart avec la moyenne européenne. L’analyse distingue les médicaments sans concurrence générique et ceux avec concurrence générique, en excluant les remises confidentielles.

La pression s’observe aussi dans les baisses de prix. En 2025, la baisse annuelle des prix des médicaments atteint un niveau historique de 1,35 milliard d’euros. Ce niveau résulte de l’objectif d’économies d’1 milliard d’euros inscrit dans la LFSS 2025, complété par un plan d’alerte exceptionnel de 350 millions d’euros face au risque de dépassement des dépenses. Pour 2026, le montant prévisionnel est estimé à 1,4 milliard d’euros.

Là encore, le sujet n’est pas seulement budgétaire. Il porte sur l’équilibre entre maîtrise des dépenses, reconnaissance de la valeur thérapeutique, attractivité du marché et capacité à financer l’innovation. Dans un environnement international où les politiques de prix deviennent plus interdépendantes, la perception d’un marché fortement régulé peut peser sur les stratégies de lancement.

Sur l’innovation, le baromètre relève un recul de la France dans le classement des dépôts de brevets pharmaceutiques en Europe. La France descend au 5e rang mondial et se trouve dépassée en 2025 par la Suisse et la Chine. Le nombre de brevets pharmaceutiques déposés en Europe depuis la France atteint 445 en 2025, contre 2 772 pour les États-Unis, 573 pour l’Allemagne, 568 pour la Suisse, 463 pour la Chine, 385 pour le Japon et 266 pour le Royaume-Uni.

La trajectoire chinoise est particulièrement notable, avec un taux de croissance annuel moyen de 14,5 % entre 2019 et 2025, quand la France affiche une dynamique négative sur la période. Ce point illustre le déplacement progressif des centres de gravité de l’innovation pharmaceutique. Les États-Unis dominent toujours largement, mais la concurrence s’élargit et s’intensifie.

Pour la France, l’enjeu est double : soutenir la recherche amont et mieux convertir cette recherche en innovations brevetées, développées, industrialisées et accessibles. L’excellence académique est nécessaire, mais elle ne suffit pas si la chaîne de transformation industrielle et commerciale ne suit pas.

Le contexte international ajoute une pression nouvelle

Le baromètre intègre également les effets potentiels des politiques américaines dites de Most Favoured Nation. Selon l’enquête menée auprès des adhérents du Leem, 64 % des entreprises interrogées anticipent un impact négatif de cette politique sur le lancement de nouveaux produits en France au cours des trois prochaines années.

Cet indicateur montre à quel point les stratégies nationales de prix sont désormais observées dans un cadre mondial. Les décisions prises dans un grand marché peuvent avoir des répercussions sur d’autres pays, en particulier lorsque les prix internationaux servent de référence. Pour la France, déjà perçue comme un marché exigeant en matière de prix et de fiscalité, le risque est de devenir moins prioritaire dans les séquences de lancement international.

Transition écologique : une nouvelle charge à anticiper

Le baromètre consacre également un volet à l’impact de la directive européenne révisée sur les eaux résiduaires urbaines. La nouvelle version, entrée en vigueur en décembre 2024, vise à renforcer la protection des milieux aquatiques face aux micropolluants rejetés. Les États membres doivent transposer le texte au 1er juillet 2027, pour un démarrage effectif au 31 décembre 2027.

Selon l’étude citée, la directive pourrait représenter une charge supplémentaire de 7 à 9 milliards d’euros pour les secteurs pharmaceutique et cosmétique en France entre 2028 et 2045, selon les technologies retenues. Les coûts moyens annuels sont estimés entre 374 millions d’euros et 506 millions d’euros selon les options techniques.

Le sujet illustre l’émergence d’une nouvelle équation industrielle. Les entreprises du médicament doivent concilier innovation, production, souveraineté, accès au marché, soutenabilité économique et exigences environnementales croissantes. La transition écologique devient un déterminant de compétitivité, mais aussi un facteur de coûts et d’arbitrage.

Réputation : un actif à ne pas négliger

Le baromètre souligne enfin un élément plus qualitatif : l’industrie pharmaceutique est perçue par les Français comme le 4e secteur stratégique pour la souveraineté, et la confiance du public serait revenue à son niveau pré-Covid.

Cette donnée est importante. Dans un secteur souvent exposé aux critiques sur les prix, les marges ou les ruptures, la reconnaissance du rôle stratégique de l’industrie pharmaceutique constitue un levier politique et sociétal. Elle peut soutenir une approche plus partenariale entre pouvoirs publics, industriels, professionnels de santé et patients, à condition d’être nourrie par des engagements tangibles : accès, transparence, production, innovation, sécurité d’approvisionnement et responsabilité environnementale.

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A retenir

Le Baromètre 360° 2026 livre un diagnostic en tension. La France conserve des atouts puissants : elle reste le deuxième marché pharmaceutique européen, le deuxième employeur du secteur, un pays de R&D reconnu, doté d’infrastructures solides, de dispositifs fiscaux incitatifs pour la recherche et d’un tissu industriel encore significatif. Les ruptures de stock reculent, les investissements productifs se maintiennent et l’accès aux nouveaux médicaments reste stable.

Mais cette stabilité devient insuffisante dans un environnement où les concurrents avancent plus vite. La France recule dans les essais cliniques multinationaux, descend au cinquième rang mondial pour les brevets pharmaceutiques déposés en Europe, reste à 60 % d’accès aux nouveaux médicaments quand l’Allemagne atteint 93 %, affiche des délais d’accès très longs par rapport à ses voisins et conserve le taux de prélèvement sectoriel le plus élevé parmi les pays comparés.

La leçon du baromètre est donc claire : l’attractivité ne se décrète pas, elle se mesure dans les arbitrages concrets des industriels. Où lancer un produit ? Où investir ? Où produire ? Où conduire un essai clinique ? Où localiser les compétences ? Où déposer les brevets ? Où construire les capacités de demain ?

Pour les décideurs publics comme privés, l’enjeu est désormais de transformer les atouts français en avantage compétitif durable. Cela suppose de travailler simultanément sur la rapidité d’accès, la lisibilité économique, la compétitivité fiscale, la recherche clinique, la production stratégique, la donnée, l’innovation et la confiance.

La France reste dans la course. Mais le baromètre 2026 rappelle qu’elle ne peut plus se contenter de tenir son rang. Elle doit à nouveau créer de l’avance.

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Rémy Teston


Attractivité pharmaceutique : la France tient son rang, mais perd du terrain face à ses concurrents

Attractivité pharmaceutique : la France tient son rang, mais perd du terrain face à ses concurrents

La France reste un grand pays pharmaceutique. Mais elle n’est plus seule à vouloir l’être. C’est, en substance, le message central du Baromètre 360° de l’attractivité de la France pour l’industrie pharmaceutique, édition 2026, réalisé par PwC Strategy& pour le Leem. Décryptage.

Ce baromètre, publié en juin 2026, agrège environ 80 indicateurs issus de plus de 70 sources de référence, entre données publiques, bases spécialisées, études du Leem et enquête menée auprès de 48 entreprises du médicament représentant 65 % du marché pharmaceutique français.

Cette édition 2026 propose une lecture nuancée. La France se maintient en valeur absolue sur plusieurs fondamentaux : taille du marché, emploi, excellence scientifique, investissements productifs, dispositifs de soutien à la R&D, lutte contre les ruptures. Mais elle décroche relativement face à une concurrence internationale qui accélère, notamment sur l’accès au marché, la recherche clinique, la fiscalité, les prix et l’innovation. Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir si la France reste attractive. Elle l’est encore. La question est de savoir si elle le reste assez vite, assez fort et assez lisiblement pour continuer à peser dans les arbitrages mondiaux des laboratoires.

Premier point de force : la France demeure le deuxième plus gros marché pharmaceutique en Europe, derrière l’Allemagne. Selon les données présentées dans le baromètre, les dépenses pharmaceutiques en ville atteignent 38 milliards d’euros en France, contre 62 milliards d’euros en Allemagne, 27 milliards d’euros au Royaume-Uni et 23 milliards d’euros en Espagne.

Ce poids de marché reste un atout majeur. Il traduit la profondeur du système de santé français, la structuration de la prise en charge et l’importance de la demande. Pour les industriels, la France demeure donc un pays clé dans une stratégie européenne. Mais ce poids ne suffit plus à garantir un avantage compétitif, surtout lorsque d’autres pays conjuguent taille, rapidité d’accès, lisibilité réglementaire et fiscalité plus favorable.

L’emploi constitue un autre pilier. La France est également le deuxième employeur pharmaceutique européen, avec 109 008 personnes employées en 2024 dans l’industrie pharmaceutique, dont 91 % en CDI ou CDD et 9 % en alternance. Là encore, l’indicateur confirme l’ancrage territorial et économique du secteur. La filière reste pourvoyeuse d’emplois qualifiés, distribués dans les territoires et associés à des compétences industrielles, scientifiques, réglementaires et commerciales à haute valeur ajoutée.

La R&D reste un atout français, mais l’avance se fragilise

Le baromètre confirme la qualité de l’écosystème français de recherche. La France dispose d’environ 200 établissements de santé impliqués dans l’environnement R&D, avec une répartition territoriale significative : 37 en Île-de-France, 40 dans le Sud-Ouest et les Outre-mer, 34 dans le Grand Ouest, 27 en Auvergne-Rhône-Alpes, 27 dans le Nord-Ouest, 25 dans le Grand Est et 19 en Méditerranée.

Cette structuration est renforcée par des dispositifs fiscaux incitatifs. Le baromètre place la France parmi les pays européens les plus attractifs pour les investissements de R&D, notamment grâce au crédit d’impôt recherche, avec un niveau d’incitation estimé à 36 %, soit un niveau comparable à celui de la Pologne, devant les Pays-Bas, l’Espagne, l’Irlande, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie. Les essais cliniques contribueraient par ailleurs à l’économie française à hauteur de 6,2 milliards d’euros en 2025, selon les données EFPIA reprises dans le baromètre.

Mais cette solidité masque une perte relative de position. Sur les essais cliniques multinationaux, la France passe de la 2e à la 4e place européenne. En 2025, 49 % des essais cliniques multinationaux menés en Europe incluent des patients en France, contre 64 % en Espagne, 53 % en Allemagne, 53 % au Royaume-Uni et 48 % en Italie. La France recule de 7 points entre 2022 et 2025, une baisse plus marquée que celle observée dans plusieurs pays comparables.

Ce signal est stratégique. La recherche clinique n’est pas seulement un indicateur scientifique. Elle conditionne l’accès précoce des patients à l’innovation, la visibilité des centres investigateurs, l’attractivité des talents, l’activité des établissements et la place de la France dans les stratégies globales des industriels. Une baisse relative sur ce terrain peut avoir des effets de long terme sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Accès aux médicaments : stabilité française, avance allemande

Le chiffre le plus commenté du baromètre concerne l’accès aux nouveaux médicaments. En France, 60 % des nouveaux médicaments autorisés au niveau européen sont accessibles et remboursables, accès dérogatoire inclus. Ce taux est stable par rapport à l’année précédente et reste supérieur à la moyenne européenne, indiquée à 46 %.

Mais la comparaison avec les grands voisins européens révèle l’écart. Pour les médicaments ayant obtenu une AMM européenne entre 2021 et 2024, le taux d’accès atteint 93 % en Allemagne, 79 % en Italie, 65 % en Espagne, 60 % en France et 53 % en Angleterre. La France recule ainsi dans le classement européen, passant du 7e au 8e rang.

Les délais d’accès prolongent ce constat. Pour les médicaments passant par le droit commun, le délai médian d’accès en France atteint 520 jours, avec une moyenne de 633 jours pour les médicaments ayant obtenu une AMM entre 2021 et 2024. En Allemagne, le délai médian est de 56 jours. L’Espagne est à 479 jours, l’Italie à 556 jours, l’Angleterre à 391 jours.

La France dispose pourtant d’un outil important avec l’accès précoce. Pour les produits concernés, le délai médian est très réduit, à 50 jours en 2025. Mais le baromètre pointe une évolution préoccupante : parmi les indications reconnues comme innovantes par la HAS, avec une ASMR I à IV, la part des demandes d’accès précoce diminue. En 2025, pour la première fois depuis la création du dispositif, plus de la moitié des nouveaux médicaments innovants n’ont pas fait l’objet d’une demande d’accès précoce.

Ce point mérite une attention particulière des décideurs. Il ne suffit pas de disposer d’un dispositif d’accès accéléré. Encore faut-il que ses conditions, ses incitations et sa prévisibilité conduisent effectivement les industriels à y recourir. L’enjeu porte donc autant sur l’existence des mécanismes que sur leur attractivité réelle.

Ruptures de stock : une amélioration notable

Le baromètre relève une amélioration sur le front des ruptures et risques de ruptures de médicaments. Les déclarations de ruptures et de risques de rupture baissent de 34 % en 2025. Les déclarations de ruptures de stock retrouvent un niveau comparable à celui de 2017.

Cette évolution positive intervient après plusieurs années de forte tension. Le baromètre rappelle que le dispositif d’alerte anticipée sur la plateforme Trustmed est devenu obligatoire depuis 2021. La baisse observée ne signifie pas que le sujet est résolu, mais elle suggère que les mécanismes de pilotage, de signalement et d’anticipation commencent à produire des effets.

Pour les pouvoirs publics comme pour les industriels, les ruptures restent un marqueur de souveraineté sanitaire et de confiance. Elles touchent directement les patients, les pharmaciens, les médecins, les établissements et les autorités. Dans un contexte de dépendance internationale sur certaines productions, la baisse de 2025 constitue une amélioration réelle, mais fragile.

Les investissements en production pharmaceutique en France se maintiennent à un niveau stable. Le baromètre les estime à 2,908 milliards d’euros en 2025, après 2,849 milliards d’euros en 2024, soit une progression de 2 %.

La stabilité des investissements témoigne d’un ancrage industriel. Mais un autre indicateur tempère fortement cette lecture : seulement 10 % des nouvelles AMM approuvées entre 2021 et 2025 disposent d’un site de fabrication en France.

C’est l’un des enseignements les plus structurants du baromètre. La France peut conserver des capacités industrielles significatives tout en restant insuffisamment positionnée sur la production des nouvelles générations de médicaments. Or la souveraineté ne se mesure pas uniquement au volume d’usines ou d’emplois, mais aussi à la capacité à attirer les productions stratégiques de demain : biomédicaments, thérapies innovantes, vaccins, produits critiques, plateformes technologiques complexes.

Fiscalité : le point de tension majeur

Le baromètre souligne une pression fiscale particulièrement forte sur le secteur pharmaceutique en France. Le taux de prélèvements obligatoires est estimé à 60 % du résultat d’exploitation pour le profil étudié, niveau inchangé entre 2023 et 2026. Mais ce taux reste le plus élevé parmi les pays européens comparés.

La comparaison est marquante : 14 % en Suisse, 23 % en Irlande, 28 % en Espagne, 36 % en Allemagne, 37 % en Italie, 38 % au Royaume-Uni, contre 60 % en France. L’écart avec le Royaume-Uni se creuse : il atteint 22 points en 2025, contre 9 points en 2023, notamment en raison de la baisse du taux du dispositif britannique VPAG.

Le baromètre insiste également sur la montée de la clause de sauvegarde. Son montant passe de 72 millions d’euros en 2019 à un prévisionnel de 1,8 milliard d’euros en 2025. Des évolutions sont prévues en 2026, avec la pérennisation des montants associés à la clause actuelle et l’introduction d’une contribution supplémentaire.

Pour les dirigeants, cet indicateur est central. Une fiscalité sectorielle élevée ne produit pas seulement un effet comptable. Elle influence les arbitrages d’investissement, les choix de lancement, la localisation des activités, la perception du marché et la capacité des filiales françaises à défendre leurs dossiers auprès de leurs maisons mères.

Prix : la France s’éloigne de la moyenne européenne

Autre sujet de tension : les prix faciaux. Le baromètre montre que les prix faciaux des médicaments en France creusent l’écart avec la moyenne européenne. L’analyse distingue les médicaments sans concurrence générique et ceux avec concurrence générique, en excluant les remises confidentielles.

La pression s’observe aussi dans les baisses de prix. En 2025, la baisse annuelle des prix des médicaments atteint un niveau historique de 1,35 milliard d’euros. Ce niveau résulte de l’objectif d’économies d’1 milliard d’euros inscrit dans la LFSS 2025, complété par un plan d’alerte exceptionnel de 350 millions d’euros face au risque de dépassement des dépenses. Pour 2026, le montant prévisionnel est estimé à 1,4 milliard d’euros.

Là encore, le sujet n’est pas seulement budgétaire. Il porte sur l’équilibre entre maîtrise des dépenses, reconnaissance de la valeur thérapeutique, attractivité du marché et capacité à financer l’innovation. Dans un environnement international où les politiques de prix deviennent plus interdépendantes, la perception d’un marché fortement régulé peut peser sur les stratégies de lancement.

Sur l’innovation, le baromètre relève un recul de la France dans le classement des dépôts de brevets pharmaceutiques en Europe. La France descend au 5e rang mondial et se trouve dépassée en 2025 par la Suisse et la Chine. Le nombre de brevets pharmaceutiques déposés en Europe depuis la France atteint 445 en 2025, contre 2 772 pour les États-Unis, 573 pour l’Allemagne, 568 pour la Suisse, 463 pour la Chine, 385 pour le Japon et 266 pour le Royaume-Uni.

La trajectoire chinoise est particulièrement notable, avec un taux de croissance annuel moyen de 14,5 % entre 2019 et 2025, quand la France affiche une dynamique négative sur la période. Ce point illustre le déplacement progressif des centres de gravité de l’innovation pharmaceutique. Les États-Unis dominent toujours largement, mais la concurrence s’élargit et s’intensifie.

Pour la France, l’enjeu est double : soutenir la recherche amont et mieux convertir cette recherche en innovations brevetées, développées, industrialisées et accessibles. L’excellence académique est nécessaire, mais elle ne suffit pas si la chaîne de transformation industrielle et commerciale ne suit pas.

Le contexte international ajoute une pression nouvelle

Le baromètre intègre également les effets potentiels des politiques américaines dites de Most Favoured Nation. Selon l’enquête menée auprès des adhérents du Leem, 64 % des entreprises interrogées anticipent un impact négatif de cette politique sur le lancement de nouveaux produits en France au cours des trois prochaines années.

Cet indicateur montre à quel point les stratégies nationales de prix sont désormais observées dans un cadre mondial. Les décisions prises dans un grand marché peuvent avoir des répercussions sur d’autres pays, en particulier lorsque les prix internationaux servent de référence. Pour la France, déjà perçue comme un marché exigeant en matière de prix et de fiscalité, le risque est de devenir moins prioritaire dans les séquences de lancement international.

Transition écologique : une nouvelle charge à anticiper

Le baromètre consacre également un volet à l’impact de la directive européenne révisée sur les eaux résiduaires urbaines. La nouvelle version, entrée en vigueur en décembre 2024, vise à renforcer la protection des milieux aquatiques face aux micropolluants rejetés. Les États membres doivent transposer le texte au 1er juillet 2027, pour un démarrage effectif au 31 décembre 2027.

Selon l’étude citée, la directive pourrait représenter une charge supplémentaire de 7 à 9 milliards d’euros pour les secteurs pharmaceutique et cosmétique en France entre 2028 et 2045, selon les technologies retenues. Les coûts moyens annuels sont estimés entre 374 millions d’euros et 506 millions d’euros selon les options techniques.

Le sujet illustre l’émergence d’une nouvelle équation industrielle. Les entreprises du médicament doivent concilier innovation, production, souveraineté, accès au marché, soutenabilité économique et exigences environnementales croissantes. La transition écologique devient un déterminant de compétitivité, mais aussi un facteur de coûts et d’arbitrage.

Réputation : un actif à ne pas négliger

Le baromètre souligne enfin un élément plus qualitatif : l’industrie pharmaceutique est perçue par les Français comme le 4e secteur stratégique pour la souveraineté, et la confiance du public serait revenue à son niveau pré-Covid.

Cette donnée est importante. Dans un secteur souvent exposé aux critiques sur les prix, les marges ou les ruptures, la reconnaissance du rôle stratégique de l’industrie pharmaceutique constitue un levier politique et sociétal. Elle peut soutenir une approche plus partenariale entre pouvoirs publics, industriels, professionnels de santé et patients, à condition d’être nourrie par des engagements tangibles : accès, transparence, production, innovation, sécurité d’approvisionnement et responsabilité environnementale.

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A retenir

Le Baromètre 360° 2026 livre un diagnostic en tension. La France conserve des atouts puissants : elle reste le deuxième marché pharmaceutique européen, le deuxième employeur du secteur, un pays de R&D reconnu, doté d’infrastructures solides, de dispositifs fiscaux incitatifs pour la recherche et d’un tissu industriel encore significatif. Les ruptures de stock reculent, les investissements productifs se maintiennent et l’accès aux nouveaux médicaments reste stable.

Mais cette stabilité devient insuffisante dans un environnement où les concurrents avancent plus vite. La France recule dans les essais cliniques multinationaux, descend au cinquième rang mondial pour les brevets pharmaceutiques déposés en Europe, reste à 60 % d’accès aux nouveaux médicaments quand l’Allemagne atteint 93 %, affiche des délais d’accès très longs par rapport à ses voisins et conserve le taux de prélèvement sectoriel le plus élevé parmi les pays comparés.

La leçon du baromètre est donc claire : l’attractivité ne se décrète pas, elle se mesure dans les arbitrages concrets des industriels. Où lancer un produit ? Où investir ? Où produire ? Où conduire un essai clinique ? Où localiser les compétences ? Où déposer les brevets ? Où construire les capacités de demain ?

Pour les décideurs publics comme privés, l’enjeu est désormais de transformer les atouts français en avantage compétitif durable. Cela suppose de travailler simultanément sur la rapidité d’accès, la lisibilité économique, la compétitivité fiscale, la recherche clinique, la production stratégique, la donnée, l’innovation et la confiance.

La France reste dans la course. Mais le baromètre 2026 rappelle qu’elle ne peut plus se contenter de tenir son rang. Elle doit à nouveau créer de l’avance.

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Rémy Teston